1919 : La paix enfin signée

Comme le montre ce dixième volet de notre série consacrée à la Grande Guerre (1), l’armistice, signé le 11 novembre 1918, n’est que le premier pas vers la fin de cette Première Guerre mondiale. Le chemin reste long et semé d’embûches. C’est le début d’une période troublée où se dessine l’Europe du XXe siècle : chute de monarchies très anciennes, révolutions et guerres civiles, notamment en Russie.

La signature du traité de Versailles dans la galerie des glaces.

En ce début 1919, l’Europe est encore fortement éprouvée par la grippe dite espagnole. Les prisonniers français, estimés à 500 000 hommes, ont été, ainsi que stipulé dans les conditions de l’armistice, libérés entre la mi-novembre et la mi-janvier. Mais, pour les soldats, pas de démobilisation générale tant que la paix ne sera pas signée ; elle sera échelonnée jusqu’en 1922 selon le principe de l’ancienneté. Les classes 1912 et 1913 ayant été sous les drapeaux pendant six ou sept ans sont les premières à être démobilisées ainsi que les hommes de plus de 31 ans. Le général en chef Foch garde tout de même sous ses ordres 2,5 millions d’hommes. Le joyeux concert de cloches qui salua la victoire le 11 novembre 1918 était le début d’une longue période de transition emplie d’incertitudes. Les tickets de rationnement (pain, lait…) restent en vigueur, car il faut attendre les récoltes et remettre en marche l’économie. Les populations reviennent peu à peu dans les territoires dévastés mais on sait déjà que la reconstruction prendra du temps : il faut au préalable déblayer et déminer les sols.
À Berlin, en Allemagne, les spartakistes écartés au profit des socialistes se révoltent le 5 janvier 1919. Le 11 janvier 1919, le mouvement révolutionnaire est écrasé par les troupes gouvernementales. Les chefs spartakistes, Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, sont arrêtés le 15 janvier et assassinés par des miliciens des corps francs («freikorps») contre-révolutionnaires. La Russie est en pleine guerre civile depuis le printemps 1918. Les mesures contraignantes du «communisme de Guerre» soutiennent l’Armée rouge contre les armées blanches.
Le 18 janvier 1919, le président de la République française, Raymond Poincaré, ouvre une conférence des 27 pays vainqueurs pour établir les conditions de la paix. Les vaincus, dont l’Allemagne, n’y sont pas conviés. Les négociations sont trop lentes au Conseil des Dix et c’est à partir du 23 mars que le Conseil des Quatre, avec Georges Clemenceau, le Britannique David Lloyd George, l’Italien Vittorio Emanuele Orlando et l’Américain Woodrow Wilson, poursuit les travaux.

  • En 1919, 22 gadzarts décèdent. Parmi eux, 4 des 8 aviateurs sont tués dans des accidents d’avion, dont Charles Macé (An. 14), le seul gadzarts figurant sur la liste des As de l’aviation (par nombre de victoires homologuées). Un gadzarts est mort dans un naufrage dû à une mine et deux par accident dont un en chemin de fer. Les autres décès sont dus à des maladies, blessures ou intoxication par gaz.
  • En 1920, un gadzarts est tué par balles en Syrie-Cilicie, vraisemblablement dans la mission française de protectorat au Proche-Orient, et neuf meurent de maladie, blessure ou intoxication par gaz, dont Buisson (Cl. 14), qui disparaît alors qu’il a repris ses études à Cluny.
  • En 1921 et 1922, trois autres gadzarts meurent des suites d’intoxication par gaz.

Vers la Société des Nations

Le président américain Wilson a été accueilli triomphalement à Brest le 13 décembre 1918, puis dans les capitales européennes. Sa priorité : la constitution d’une Société des Nations afin d’établir la paix universelle. Le 8 avril, le choix de Genève pour le siège de la Société des Nations (SDN) est acquis et, le 28 avril, la création de la SDN effective.
Le texte du traité, terminé le 7 mai, peut être présenté aux représentants de l’Allemagne. Afin d’éviter que les 74 navires de la marine impériale allemande basés dans la baie naturelle de Scapa Flow en Écosse soient livrés aux puissances victorieuses, le vice-amiral Ludwig von Reuter prépare puis ordonne le sabordage le 21 juin. Les contre-propositions allemandes ayant été rejetées, les troupes du maréchal Foch sont prêtes à se mettre en marche le 23 juin à 19 heures. L’après-midi même, le gouvernement allemand accepte de signer, ce qui sera fait le 28 juin 1919 dans la galerie des glaces du château de Versailles.
Ce traité, rédigé en français et en anglais — une première —, comporte notamment des clauses territoriales, le paiement des réparations par l’Allemagne et l’organisation de la Société des Nations. Cependant, pour éviter notamment un engagement international permanent dans celle-ci, le sénat des États-Unis refuse de ratifier le traité. L’Europe comme le reste du monde sont chamboulés dans leurs frontières. L’Alsace-Moselle revient à la France, l’Allemagne est amputée de 15 % de son territoire et de ses colonies, partagées entre les vainqueurs.

À Bordeaux, en 1919, le président, Raymond Poincaré, salue des blessés et mutilés de guerre, en présence de Paul Deschanel, président de la chambre des députés, et de Hugh C. Wallace, ambassadeur des États-Unis.

Des hommes atteints dans leur chair

Le bilan de cette guerre est lourd sur le plan humain : 1,4 million de soldats français sont morts au combat (plus d’un soldat sur cinq). Aux morts s’ajoutent plus de 3 millions de blessés, dont près de 1 million a droit au versement d’une pension d’invalidité (900 000 invalides, mutilés et amputés, 42 000 aveugles, 15 000 gueules cassées…), qui reviennent à la vie civile fortement marqués par cette guerre, autant physiquement que psychiquement. Leur réinsertion sociale semble prise en compte même si retrouver du travail reste difficile pour eux. La loi du 31 mars 1919 accorde une pension d’invalidité et la gratuité des actes de rééducation dans les centres agréés par l’Office national des mutilés et réformés de guerre et propose une allocation pour compenser le manque de rendement des travailleurs handicapés.   

 

(1) Lire AMMag de novembre 2014, p. 48 ; d’avril 2015, p. 50 ; de novembre 2015,
p. 50 ; d’avril 2016, p. 54 ; de novembre 2016, p. 56 ; d’avril 2017, p. 56 ; de
novembre 2017, p. 56 ; d’avril 2018, p. 66 ; et de novembre 2018, p. 64.

Michel Veysseyre (Ai. 58) et Jean-Louis Eytier (Bo. 68)

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