Arts et Métiers et l’aéronautique : un avenir à écrire en commun

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Jean-Marie Vigroux (c) Romaric Mathieu

Le salon du Bourget revient tous les deux ans, chaque fois différent. Une bonne occasion de faire un point sur le secteur aéronautique et spatial, où les ingénieurs Arts et Métiers sont très présents (lire aussi, dans ce numéro, p. 22 à 29). Depuis l’origine, le salon international de l’aéronautique et de l’espace s’intéresse à tout ce qui s’élève dans les airs. C’est là sa constante. Tout le reste est en évolution permanente. En un siècle, les ingénieurs ont profondément transformé le secteur, initialement réservé aux seuls aventuriers.
En remontant quarante ans en arrière, nous retrouvons, au printemps 1979, une fusée Ariane 1 qui attendait encore d’effectuer son premier vol (1), un A300, qui venait tout juste de connaître le succès commercial (23 commandes fermes), le premier d’Airbus, et une industrie aéronautique européenne complètement fragmentée, fragile face à la forte concurrence américaine.
Quarante ans plus tard, en 2019, Ariane 5 a effectué plus de 100 lancements, Airbus livre 800 avions par an, affiche un carnet de commandes de plus de 7 500 appareils et détient 50 % du marché des hélicoptères civils ; l’industrie européenne fait jeu égal avec ses rivaux non seulement américains, mais aussi russes, chinois ou indiens. Elle sait aussi trouver des alliances, comme l’illustrent le succès du partenariat entre Safran et GE ou le développement de Thales à l’international.
Où serons-nous dans quarante ans ? C’est aux plus jeunes d’entre nous de l’imaginer. Les États-Unis et la Chine auront-ils «colonisé» seuls l’espace ? Volerons-nous dans des aéronefs sans pilote ? Comment le transport aérien croîtra-t-il tout en diminuant sa consommation en ressources naturelles notamment énergétiques ? Qui peut être assez fou pour prédire que l’homme se désintéressera un jour de l’aéronautique ?

La formation, vecteur d’agilité

Les pages du livre à écrire sont blanches et ouvertes à l’invention. Il en va de même pour les Arts et Métiers. Sa constante est le besoin que les entreprises ont d’ingénieurs pragmatiques et adaptables, concepteurs et réalisateurs, proches du terrain et pétris de valeurs humaines qui en font des leaders naturels.
Les qualités qu’auront à mettre en œuvre ces ingénieurs varieront avec l’évolution de l’environnement et leurs parcours professionnels. Partant d’un socle commun que représente leur formation d’excellence en technologie, chacun d’eux aura son itinéraire propre, en partie résultant des circonstances, le plus souvent, espérons-le, déterminé par les décisions qu’elle ou il prendra.
Il y a quarante ans, un point à mi-parcours était suggéré par Raymond Vatier (Li 38) [2] et jugé suffisant pour vérifier que l’ingénieur avait bien préparé sa deuxième moitié de carrière. Aujourd’hui, l’ingénieur doit s’astreindre à un autocontrôle continu de ses compétences s’il veut accéder aux fonctions auxquelles il aspire.
Pour certains de nos jeunes camarades, cela voudra dire remettre à jour leurs connaissances techniques pour le cas où des innovations de rupture apparaîtraient. Ils devront se prendre eux-mêmes en charge. La formation, la recherche et les transferts technologiques avec les Arts et Métiers pourront les y aider. D’autres, qui souhaitent créer ou diriger des entreprises, demanderont des compléments de formation en management, finance, commercial, juridique ou ressources humaines. Autant de disciplines qui leur donneront des ouvertures propres à accélérer leur développement professionnel. Stabilité et changements, accélérations et prise de recul, une agilité permanente sera requise.

L’excellence se niche dans les territoires

Je n’allais pas terminer ce mot sans évoquer le maillage territorial remarquable que tissent les industries aéronautiques. Les Daher, Lisi, Mécachrome, Latécoère et autres équipementiers sans lesquels la filière n’aurait pas tant de succès sont souvent décentralisés, notamment dans le sud de la France, conséquence de la Première Guerre mondiale. Leur attachement provincial répond au goût des gadzarts. La majorité des 350 000 emplois générés par la filière aéronautique en France le sont en dehors de l’Île-de-France. Les entreprises aéronautiques proposent aux étudiants de nombreuses offres de stage ou de formations en alternance. De quoi inciter les plus jeunes à s’intéresser très tôt à ce secteur d’avenir.

Vous ne serez donc pas surpris si je vous annonce que la prochaine manifestation en province du Cercle La Rochefoucauld réunissant les gadzarts dirigeants d’entreprise aura lieu à Toulouse.

Soyons fiers d’être gadzarts !

(1) Ce sera chose faite le 24 décembre 1979. (2) Voir AMMag n° 406 de février 2019, p. 68 et 69.

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