Clinatec, la clinique-laboratoire

Clinatec, ou centre de recherche biomédicale Edmond-J. Safra, localisé à Grenoble, a la particularité d’être à la croisée de la recherche pure et du soin clinique. Objectif : apporter plus vite les technologies innovantes au lit des patients.

Le spécialiste des dispositifs médicaux implantables est installé depuis 2012 sur le site grenoblois du CEA. Photo : A.Aubert / CEA Tech

Clinatec est le résultat de la rencontre, en 2006, de deux visionnaires : le célèbre neurochirurgien Alim-Louis Benabid, prix Lasker-DeBakey 2014, et Jean Therme, directeur de la recherche technologique du CEA. Le premier, Grenoblois de naissance, est l’inventeur, avec le Pr Pierre Pollack, de la stimulation cérébrale profonde comme traitement des symptômes de la maladie de Parkinson. «Leur objectif était de créer un carrefour entre les chercheurs cliniciens et les ingénieurs qui créent de l’innovation», résume le Pr Stéphan Chabardès, professeur des universités et directeur médical de Clinatec – l’alliance entre industrie et recherche médicale en somme.
C’est sur le site du CEA à Grenoble que naît Clinatec en 2012. La clinique-laboratoire compte aujourd’hui près de 90 chercheurs et ingénieurs, issus du CEA, du CHU de Grenoble, de l’Inserm ou de l’université Grenoble-Alpes (autres membres fondateurs de Clinatec). De nombreux spécialistes s’y côtoient : mathématiciens, roboticiens, physiciens et biologistes et, naturellement, cliniciens. «Notre implantation sur le territoire grenoblois allait de soi. On trouve ici toutes les compétences nécessaires à nos projets : universités, laboratoires, industriels de la microélectronique et du biomédical, etc.», souligne Thierry Bosc, directeur de la Fondation Clinatec. L’une des originalités du centre est de ne pas être qu’un espace dédié à la recherche et technologie, mais de disposer aussi d’infrastructures hospitalières, avec un bloc opératoire et des chambres de patients, pour réaliser des essais cliniques.

Les enjeux technologiques nombreux

Les premiers projets lancés concernent logiquement la spécialité du Pr Benabid : les maladies neurodégénératives. Par exemple, en évaluant la stimulation électrique 3D au moyen de sondes implantées. Ensuite, les chercheurs de Clinatec ont lancé un programme de recherche destiné à ralentir l’évolution de la maladie de Parkinson en délivrant grâce à la fibre optique de la lumière proche infrarouge à certaines régions du cerveau.
Un autre projet va consister à refroidir brièvement et localement des foyers épileptogènes dans le cerveau pour stopper la propagation des crises d’épilepsie. «On parle d’un horizon à cinq ans», ajoute le Pr Chabardès. Il y a également le projet BCI, pour Brain Computer Interface, lancé dès 2008. Il s’agit de mobiliser un très grand nombre de technologies de pointe pour permettre à un patient tétraplégique de contrôler un exosquelette en décodant, via des algorithmes, son activité électrique cérébrale. Les premiers essais cliniques devraient démarrer d’ici à la fin 2017 avec des patients volontaires, en cours de sélection. C’est là que des ingénieurs Arts et Métiers vont intervenir au travers de thèses financées par la Fondation Arts et Métiers. Les enjeux technologiques sont nombreux : il faut développer les algorithmes, ce qui nécessite des compétences en électronique (composants dédiés et architecture système), le packaging biocompatible, le traitement du signal et la robotique.
«L’avantage avec les ingénieurs Arts et Métiers, c’est qu’ils sont bien formés, opérationnels rapidement, et démontrent combien l’accord survenu entre les deux fondations, la Fondation Arts et Métiers et le Fonds de dotation de Clinatec, est symbiotique», souligne Thierry Bosc.

Partenaire du CHU de Grenoble, Clinatec dispose dans ses murs de 6 chambres d’hospitalisation, d’un bloc opératoire de pointe et d’un centre d’imagerie fonctionnel. Photo A.Aubert / CEA Tech

Deux thèses soutenues par la Fondation Arts et Métiers

Les équipes de Clinatec travaillent à la conception de dispositifs médicaux au service des patients. C’est d’ailleurs l’objet d’une des deux thèses portées par des ingénieurs Arts et Métiers pour Clinatec et soutenues par la Fondation Arts et Métiers. Fabien Sauter (Li. 93), qui participe au projet Brain Computer Interface, nous explique dans quel contexte.

AMMag – Quels sont les thèmes des deux thèses menées par des ingénieurs Arts et Métiers ?
Fabien Sauter – Il faut d’abord préciser que ces thèses résultent d’un partenariat entre l’institut Georges-Charpak, basé à l’Ensam Paris, et le CEA auquel appartient Clinatec. Ces thèses ont démarré en 2016 pour une durée de trois ans et sont financées par la Fondation Arts et Métiers via le fonds Clinatec (1).
La première — que coordonne Sébastien Laporte, de l’Ensam — est menée par Alice Siegel (Li. 212) et porte sur la conception du «packaging» des dispositifs médicaux implantables. Il s’agit d’améliorer notre compréhension de l’interface entre l’implant et l’os en cas de chocs mécaniques. La seconde, menée par Aurélien Macron (An. 212) et encadrée par Alexandre Verney (CEA List) et Hélène Pillet (Ensam), porte sur la modélisation du risque d’apparition d’escarres chez les personnes tétraplégiques et la conception d’interfaces patient-exosquelette en vue d’augmenter leur durée d’utilisation.

AMMag – Qu’attendez-vous concrètement de ces thèses
F. S. – Il y avait peu de publications sur ces sujets. Ces travaux ont des applications concrètes. Ils vont nourrir des modèles prédictifs numériques qui seront très utiles pour la conception de nos futurs dispositifs.

AMMag – Dans le cadre de votre collaboration avec Clinatec, qu’exigez-vous de vos fournisseurs, sachant qu’il s’agit de produits dédiés à des essais cliniques ?F. S. – Quand on réalise des dispositifs médicaux pour des essais cliniques, on doit avoir une grande maîtrise de la fabrication et de la qualité. Nos sous-traitants ont travaillé selon les règles d’assurance qualité des dispositifs médicaux (NF EN ISO 13485) pour garantir le respect des exigences réglementaires, la traçabilité des matériaux et la «répétabilité» des procédés. Notre chaîne d’approvisionnement est composée d’entreprises, PME surtout, notamment des sociétés Statice Santé, SCT, SQI ou Matra Électronique.

(1) Les sommes sont versées par la Fondation Arts et Métiers au fonds de dotation de Clinatec, qui les réservent aux thésards de l’Ensam.

 

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