Comment faire face au burn-out

Maladie du siècle selon certains, le burn-out ou épuisement professionnel est un phénomène de plus en plus répandu dans l’entreprise. Quels en sont les signes avant-coureurs ? Comment retrouver son équilibre ? Peut-on reconstruire son identité professionnelle une fois guéri ?

Coach de dirigeants depuis vingt ans, professeur associé à l’université Panthéon-Assas, Thierry Chavel mène une vie à 100 à l’heure, consacrée à gérer les interrogations professionnelles et, parfois, existentielles de ses clients. Un matin, il y a un an et demi, il craque. «Mon travail est d’aider les autres à faire le leur. Je suis le réparateur du moteur des carrières cassées. Le seul hic, c’est qu’en prenant soin des autres, j’ai négligé de prendre soin de moi. Jusqu’à ce burn-out», écrit-il dans «Je peux guérir» (Flammarion, 2016), le très émouvant ouvrage qu’il consacre à sa chute, ses rechutes, ses «rémissions» et, finalement, sa guérison.

Quand la pression est grisante

Sabine Bataille.
Sociologue du travail, coach et thérapeute, spécialisée en qualité de vie au travail, elle possède quinze années d’expérience dans le conseil RH et la gestion de carrière (évolutions, transitions et mobilités professionnelles). Fondatrice du cabinet RPBO, elle est l’auteure de «Se reconstruire après un burn-out — les Chemins de la résilience professionnelle»
chez Interéditions, 2015. Photo : DR

Depuis quelques années, les cas de burn-out se multiplient dans différents univers professionnels. Même si ce syndrome d’épuisement professionnel a été disqualifié par l’Académie de médecine en février dernier, faute d’être bien défini au plan médical, l’Assurance maladie a toutefois assoupli la procédure de sa reconnaissance depuis 2012. Conséquence : le nombre de cas au titre d’affection psychique (315 en 2015) a été multiplié par 9 depuis 2010.
«Le burn-out est un épuisement chronique dû à un surinvestissement au-delà du raisonnable d’un salarié hyperprofessionnel, engagé et loyal», analyse Sabine Bataille, sociologue du travail, auteure de «Se reconstruire après un burn-out» (Interéditions, 2015), qui a réalisé la première enquête en France sur la «reconstruction post-burn-out des cadres» (1er prix du jury Anact/Dauphine en 2012). Selon la sociologue, le burn-out est un épuisement à la fois physique, émotionnel et cognitif. Il est accentué par l’envahissement, ces dernières années, des technologies de l’information et de la communication dans la vie quotidienne, qui met en péril l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle. «Les salariés, toujours en quête de performance, n’arrivent plus à se débrancher du travail, résume Sabine Bataille. Le piège pour ces bons éléments est de surélever leurs ambitions tout en surestimant leurs capacités — y compris leur aptitude à pallier seuls l’insuffisance dont souffre leur environnement de travail (manque de personnel, de matériel, de professionnalisme, etc.). A contrario, ils sous-estiment gravement les dégâts sur leur santé.»

Thierry Chavel
Coach de dirigeants, Thierry Chavel est professeur associé à l’université Panthéon-Assas où il dirige le master 2 de coaching-développement personnel en entreprise.
Il est également l’auteur ou le coauteur de nombreux ouvrages dont «Je peux guérir» (Flammarion, 2016), «l’Amour du travail bien fait» (Edilivre, 2015) ou «le Livre d’or
du coaching» (Eyrolles, 2013). Photo : P.Matsas/Flammarion

Est-on en mesure de détecter les signes avant-coureurs d’un burn-out ? «Pas si simple, car la pression est grisante dans un premier temps, reconnaît Thierry Chavel. Un burn-out ressemble à une combustion de l’intérieur, sur un terrain déjà inflammable. Il existe sans doute des prédispositions comme le perfectionnisme, une passion dévorante pour le travail et la surcharge chronique, auto-entretenue par un fort besoin d’être utile.» Selon Sabine Bataille, l’un des signes avant-coureurs irréfutables est la survenance de troubles du sommeil : difficultés à s’endormir, réveil en pleine nuit, insomnie. «Il s’agit d’une réaction psychosomatique classique», résume-t-elle. Autrement dit, le cerveau envoie des SOS visibles sur le corps. Autres signes révélateurs : un manque d’enthousiasme croissant pour son travail, ses collègues, son couple, sa famille, ses amis et pour les relations sociales en général. Solitude, indifférence, manque d’intérêt intellectuel signalent le début d’un repli sur soi. Et des réactions émotionnelles inattendues, telles que de l’agressivité ou de l’impatience hors de propos, apparaissent. Les pensées suicidaires ? «Cela peut arriver. Les individus ne s’amusent plus. Ils ont l’impression que l’entreprise leur prend tout. Ils se sentent piégés, ne savent pas dire “non” et veulent que cela s’arrête», souligne Sabine Bataille.

Incompris, désenchanté ou funambule ?

Après un burn-out, passée la prise en charge médicale et psychologique, comment se reconstruire professionnellement ? Les experts conseillent de ne pas agir seul et de mettre en place un accompagnement psychiatrique ou psychanalytique sur plusieurs mois, afin d’éviter les nombreux risques de rechute. Car il faut réaménager sa vie.
D’après Sabine Bataille, il existe trois grands types de profils post-burn-out. Les premiers seraient des «artistes incompris». Certains manageurs éprouvent le besoin de changer radicalement de vie professionnelle et élaborent un projet, souvent de type entrepreneurial. «Un architecte devient boulanger ou ébéniste. L’“intellectuel” se lance dans un métier manuel. Deux fois sur trois, les intéressés s’en sortent bien.» Deuxième type de profil, les «ambitieux désenchantés» : ils ont conscience d’avoir pris «une bonne claque». «Ils reviennent travailler, mais à 4/5 ou en mi-temps thérapeutique. Renégociant leurs ambitions à la baisse, ils refusent les promotions», explique la sociologue. Dernière catégorie : les «funambules en équilibre». Ceux-là, professions libérales, indépendants ou pigistes, n’ont pas la possibilité de s’arrêter. «Mal guéris, ils retournent au travail, alors même qu’ils transportent en eux de petites bombes à retardement.»
Pour Thierry Chavel, le burn-out a fait figure de «déclencheur de résolutions», comme des dominos en chaîne. Il quitte ses trois associés pour mieux maîtriser son destin professionnel. Dorénavant, il se permet de refuser certains clients et ne répond plus aux sollicitations qu’il qualifie d’«opportunes». Sur le plan personnel, outre l’interdiction formelle d’utiliser son smartphone à table, il s’accorde davantage de temps avec sa famille : il consacre un déjeuner par mois, seul, à chacun de ses enfants, il improvise des sorties avec sa femme, etc. Bref, il consent à se laisser surprendre par la vie et a perdu le goût de l’empilement de tâches dans son agenda. «Je mets plus de ferveur dans ce que je fais et moins d’obsession», sourit-il.

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