Devenir désiré et désirable

Pour bien se positionner dans son entreprise, il convient de créer son propre buzz, de savoir pourquoi on est professionnellement désiré et comment être désirable aux yeux d’éventuels futurs employeurs et collègues.

Tel César dans la Rome antique, créez votre propre buzz, faites votre automarketing ! À quoi cela sert-il ? «À soutenir chacun des moments de votre vie professionnelle, à créer votre trajectoire, vous faire promouvoir ou recommander, gérer votre transition ou prévenir vos points de bascule», explique Joëlle Planche-Ryan, responsable du développement du pôle Carrières de la Société des anciens élèves d’Arts & Métiers (1). Il convient de respecter trois grandes règles. D’abord, découvrez comment penser votre identité professionnelle afin d’être «désiré-e» et «désirable». Puis, identifiez votre singularité et apprenez à vous raconter de manière percutante grâce à différents récits (par «storytelling», y compris sur internet). Enfin, cultivez votre propre loyauté — et pas seulement envers votre entreprise actuelle, afin de faciliter de futures embauches. Objectif : être repéré avant même qu’on ait besoin de vous. Dans cet article, nous examinerons la première règle.
Dès votre embauche et tant que vous êtes en poste, vous êtes «désiré» par votre employeur, même si vous en doutez. Cette règle est fondamentale. Elle vous aidera à comprendre pourquoi et comment vous êtes (ou étiez) professionnellement désiré. Elle vous aidera également à exposer cette information de manière désirable face à un recruteur, un contact issu de votre réseau ou autre.

S’exprimer sur sa mission, cerner les attentes

Enfin, la règle «être désiré et désirable» vous servira à orienter efficacement vos discussions, que vous soyez en poste, en recherche, parti de votre plein gré ou remercié. «Savoir qu’on est désiré présente l’immense avantage de créer une base solide à son plan de buzz», précise Joëlle Planche-Ryan.
Attention, être désiré ne signifie pas forcément que vous êtes désirable. La nuance ? «Dans un contexte professionnel, poursuit-elle, être désiré signifie qu’on s’exprime sur sa mission, ses enjeux, ses projets clés, ses liens et les bons résultats qu’on a obtenus. On inscrit ses propos dans la trajectoire, la vision et les valeurs de son entreprise actuelle.» Pour être désirable, il faut s’efforcer de cerner les attentes de son interlocuteur, ses enjeux, sa problématique majeure, les freins à lever à votre égard. Il faut également appliquer son analyse personnelle SWOT («strenghts, weaknesses, opportunities and threats», c’est-à-dire ses forces, faiblesses, chances de carrière et risques) et la confronter au contexte. «Pour être désirable, il faut inscrire ses propos dans un accompagnement de l’enjeu, une résolution des problèmes ou une levée des freins en y incluant des illustrations et des exemples parallèles», note Joëlle Planche-Ryan.

Penser continuité plutôt que rupture

«Chaque histoire contient des éléments de rupture et de continuité, poursuit-elle, mais le seul angle viable pour le plan de buzz est celui de la continuité car il trace un arc qui relie le passé, le présent et le futur.» La responsable du développement du pôle Carrières à la Soce précise qu’il faut se représenter toute narration de soi et de son parcours comme une graine semée chez son interlocuteur pour susciter la compréhension, la mémorisation et l’action.
Ainsi, Nathalie est manageure d’un département. Grâce à son action, elle a réussi à faire croître des entités au Vietnam et en Pologne. «Aujourd’hui, raconte-t-elle à un potentiel employeur, je suis en ligne de mire pour la direction d’un plus gros département, mais il semblerait que la personne qui le dirige actuellement préfère rester en poste plutôt que de prendre une retraite anticipée. C’est pourquoi je souhaite mettre à profit mon expertise à un poste de DG dans une autre entreprise du secteur du bâtiment.» Ici, Nathalie s’est inscrite dans une démarche de continuité et non de rupture. «Dans l’histoire de Nathalie, décrypte Joëlle Planche-Ryan, le mouvement vers l’avant est apparent. L’histoire est ancrée dans un choix motivé, par l’envie et l’ouverture. Cette histoire est lissée, maîtrisée, objective et dépassionnée. Et les différentes parties sont dépeintes comme coresponsables, cocréatrices et coégales.»

Aplanir le triangle de Karpman

L’une de vos récentes expériences professionnelles s’est révélée difficile ? Il est fort probable que vous ayez tenu l’un des trois rôles — complémentaires et interdépendants — définis dans le triangle de Karpman, appelé également «triangle dramatique» : victime, persécuteur, sauveur. Dans ce triangle, la victime attire le sauveur qui veut la sauver mais aussi le persécuteur, censé la persécuter. «Ce scénario est l’un des jeux de manipulation courants en entreprise. Les protagonistes jouent un rôle plus ou moins consciemment, de telle sorte que tous trois se sentent victimes», précise Joëlle Planche-Ryan. Le fait de connaître les enjeux et la réalité de ce triangle permet de repérer les rôles que vous jouez ou que vous avez joués pour ne plus reproduire ce schéma. «S’il existe un triangle de Karpman dans votre trajectoire, réécrivez votre situation en l’aplanissant», conseille Joëlle Planche-Ryan.

(1) Et coauteure de «Boostez votre parcours professionnel avec le mind mapping», éd. Eyrolles, février 2014.

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