EDF, chantre de l’énergie bas carbone

Face à la concurrence et aux difficultés rencontrées sur l’EPR, EDF garde le cap. Philippe Torrion, directeur exécutif, était invité par le groupe professionnel Énergie d’Arts et Métiers Alumni le 20 février. Il a insisté sur l’atout que représente le savoir-faire d’EDF dans la production d’électricité décarbonée.

Mis en service en juin 2016, l’Ensemble éolien catalan, situé dans les Pyrénées-Orientales, a une puissance installée de 96 MW. Ce parc éolien est le plus puissant de France. Photo : H.Hôte/EDF Énergies Nouvelles

EDF navigue depuis plusieurs années sur une mer agitée. L’électricien français se trouve face à plusieurs défis à relever, alors qu’il est lesté d’un important endettement financier (37,4 milliards d’euros fin 2016). L’ouverture des marchés au sein de l’Union européenne s’impose à EDF dans un contexte de stagnation de la consommation électrique et de baisse des prix, alors même que l’heure du grand carénage, nécessaire à la prolongation de la durée de vie du parc existant, approche. Les décisions politiques concernant la transition énergétique obligent à fermer l’usine de Fessenheim (Haut-Rhin). Les retards accumulés dans la construction des premiers EPR («European Pressurized Reactors», réacteurs pressurisés européens) et l’explosion de leur coût sont handicapants pour EDF, qui mise sur cette nouvelle technologie pour gagner en compétitivité. À plus longue échéance, se profile le renouvellement du parc nucléaire. «C’est un programme d’une importance cruciale pour EDF. Nous y travaillons d’arrache-pied. Il n’y a pas d’urgence, mais il faut s’en occuper pour que les décisions soient prises au bon moment», insistait Jean-Bernard Lévy, le PDG, lors de la présentation des résultats 2016 le 14 février 2017.

Le prix trop faible du CO2 perçu comme une incitation à polluer

Philippe Torrion, Directeur exécutif du groupe EDF en charge de la direction innovation, stratégie et programmation depuis 2015, il a réalisé l’ensemble de sa carrière chez EDF. Philippe Torrion est diplômé de Polytechnique et de l’École nationale supérieure des Mines. Il commence sa carrière à EDF en 1977 et occupe des fonctions de cadre technique au centre de distribution de Boulogne-sur-Mer, ingénieur méthode puis chef de département économie interne au service des études économiques générales. Il est nommé directeur du centre EDF-GDF Services Gard-Cévennes en 1992, puis chef du service économie du système à la direction production-transport en 1997. En 2001, il devient délégué à l’action régionale et délégué régional Paca, puis directeur général d’EDF Trading en 2005, avant de devenir directeur de la direction optimisation amont-aval & «trading» en 2008 et, enfin, directeur exécutif en 2015. Photo : DR

Le 20 février, Philippe Torrion, directeur exécutif du groupe EDF, avait choisi comme thème de son intervention à Iéna «EDF, le champion de la croissance bas carbone». «Nous sommes dans une période où il y a une énorme capacité d’innovation. Toute la question est de savoir comment accompagner ce mouvement et comment le soutenir», a-t-il indiqué en préambule. Zélateur de la production décarbonée, il insiste sur la performance de la France en ce domaine et pointe du doigt le prix beaucoup trop bas du CO2 : «Les actifs décarbonés que sont le nucléaire et l’hydraulique n’ont pas de valeur reconnue par le marché à cause du prix du CO2, de l’ordre de 5 euros la tonne. Un prix aussi bas, c’est une incitation à polluer ! Il faudrait un prix plancher de 30 euros la tonne pour que, dans l’ordre du mérite, les centrales à gaz existantes soient sollicitées avant les centrales à charbon, deux fois plus émettrices. C’est l’inverse aujourd’hui. Cela permettrait à l’Europe d’économiser 100 millions de tonnes de CO2 par an, soit le sixième des objectifs 2020, et ce, sans aucun investissement.»
La poursuite d’une production d’électricité décarbonée passe par le grand carénage qui permettra d’allonger la durée de vie des centrales avec une sécurité maximale, sous l’œil attentif de l’Autorité de sûreté nucléaire — probablement la plus exigeante au monde. Le coût de cette maintenance lourde est souvent pointé du doigt. Philippe Torrion s’en défend. «Ce sont 50 milliards d’euros sur douze ans, soit un peu plus de 4 milliards par an. Rapportés à une production annuelle de l’ordre de 400 térawattheures, cela fait 10 euros le mégawattheure.»

Les énergies renouvelables sont destinées à l’exportation

EDF est également un acteur important des énergies renouvelables avec, par exemple, l’ensemble éolien dans les Pyrénées-Orientales, parc le plus puissant de France avec 96 mégawatts, ou la ferme solaire du désert d’Atacama au Chili d’une puissance de 146 mégawatts. Mais le développement des énergies renouvelables (EnR) est surtout destiné à l’export. Exportations qui représentent un axe fort du développement d’EDF : dans le nucléaire, avec des perspectives en Chine, en Inde et en Afrique du Sud, dans les EnR et les services, autour de Dalkia. À l’inverse, une forte augmentation des EnR en France aurait comme principale conséquence paradoxale, selon Philippe Torrion, d’aider nos voisins, via des exportations supplémentaires, à baisser leurs émissions de CO2, grâce aux aides payées par les contribuables français.
«Viser 50 % de nucléaire en 2025 n’a aucun sens. C’est une erreur technique, économique et environnementale», selon Philippe Torrion. Explications. En France, il faut en moyenne sept ans pour mettre en service des fermes éoliennes. Le maintien en service des centrales nucléaires existantes — coût du grand carénage inclus — est grosso modo deux fois moins cher que la construction de tout autre nouveau moyen de production. Enfin, compte tenu des délais, cela nous contraindrait à remplacer des centrales nucléaires qui n’émettent pas de CO2 par des centrales à gaz (avec des difficultés énormes dans un tel délai) qui, même si elles émettent moins de CO2 que les centrales à charbon, émettent malgré tout plus de CO2 par mégawattheure produit que la moyenne constatée aujourd’hui en Europe. Cette décision augmenterait donc les émissions de CO2 en France et, plus globalement, en Europe — ce serait aller à rebours de l’objectif recherché.

Quid des 1 460 000 m3 de déchets radioactifs

C’est à l’horizon 2040 ou 2050 qu’un tel mix énergétique est envisageable. «Notre travail, c’est de préparer ces échéances-là, de maintenir ouvertes toutes les options en vue de pouvoir choisir les meilleures le moment venu», précise Philippe Torrion. Il faudra alors avoir réglé la question de l’intermittence, qu’on ne maîtrise pour l’heure pas au-delà de 40 % d’éolien et de photovoltaïque avec les technologies actuelles.
Le format imposé de la conférence empêchait d’aborder tous les sujets. Cela a permis d’éviter ceux qui fâchent : la question du traitement des déchets en particulier, voire de la sécurisation sur le très long terme des approvisionnements en uranium. La France est l’un des pays les plus en pointe dans la recherche sur les réacteurs de quatrième génération, qui pourront utiliser de l’uranium appauvri, solution technique qui réglerait les deux problèmes. Mais l’échéance espérée de 2040 ou 2050 est incertaine. Entre-temps, le programme de remplacement des actuelles centrales aura été lancé.

EDF a mis le cap sur 2030

La formalisation d’un plan stratégique a été l’un des premiers chantiers lancés par Jean-Bernard Lévy à son arrivée à la direction d’EDF en novembre 2014.
La réflexion Cap 2030 a été initiée dès janvier 2015 et la présentation de ce plan effectuée au mois de septembre de la même année. Première pour le groupe, les énergies renouvelables sont mises en évidence, avec des objectifs chiffrés. C’est l’une des trois grandes priorités, «doubler la production d’énergies renouvelables d’ici à 2030», à côté des deux autres chapitres, «tripler la part du business réalisé à l’international» et «accroître la proximité avec les clients» — puisque, désormais, la concurrence est de mise. Dans ce domaine, EDF compte s’appuyer sur le compteur communicant Linky et de nouveaux services numériques. Pour le développement international, EDF veut s’imposer dans trois à cinq pays comme acteur de référence grâce à un triptyque : production décarbonée (nucléaire et EnR), services, et ingénierie et «trading».
Le développement des énergies renouvelables (EnR) est enfin une ambition affichée, avec l’objectif de passer de 28 gigawatts à plus de 50 gigawatts de puissance installée. Un pôle énergies renouvelables a été créé, qui bénéficie d’investissements équivalents au tiers des investissements industriels bruts de développement. Les investissements en France seront poursuivis dans les domaines de l’éolien, du photovoltaïque et de l’hydraulique. Et les EnR constitueront un élément important du développement international. Avec, en tête, les projets dans l’éolien, mais aussi dans le photovoltaïque, la ferme solaire du désert d’Atacama au Chili [photo ci-dessus] en étant le meilleur des exemples.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.