Emballer, c’est penser

Pour Laurent Boudon (Bo. 90), spécialiste de l’emballage des produits alimentaires, le contexte mondialisé replace l’innovation au cœur du développement des «machines spéciales».

Laurent Boudon (Bo. 90). 1993 : Enseignant en mathématiques en Côte d’Ivoire en tant que volontaire du service national. 1995 : Ingénieur metteur au point chez Mead. 2001 : Responsable bureau d’études chez DCM. 2008 : Responsable bureau d’études chez ATN (filiale de DCM). 2010 : Responsable de trois bureaux d’études chez DCM. Photo : DR

S’ils sont rapidement mis à la poubelle, les emballages de denrées alimentaires requièrent, pour leur fabrication, des machines sophistiquées… et des hommes pour les concevoir. C’est le métier de Laurent Boudon, directeur des études de DCM, une entreprise des Hauts-de-Seine qui fabrique des machines spéciales pour les «transformateurs de matériaux» (c’est ainsi que sont appelés les fabricants d’emballages). «J’aime prendre l’exemple d’un pot de yaourt pour décrire mon métier : les gens imaginent en général le principe de la machine qui va dérouler la bobine de film à thermoformer, puis faire le remplissage des pots de yaourt avec une pompe doseuse avant le scellage de l’opercule. Or, pour fabriquer la banderole ou l’opercule du pot de yaourt, il faut à nouveau des machines de façonnage des matériaux. Ce sont précisément ces machines que je conçois et fabrique.»
Être directeur des études, c’est animer une équipe et, fatalement, consacrer moins de temps aux fonctions créatives auxquelles peut aspirer un ingénieur. Mais le management a très tôt constitué une envie dans la carrière de Laurent Boudon. Pour sa première affectation, le jeune gadzarts fait ses armes sur le terrain en devenant en 1995 ingénieur metteur au point chez le cartonnier Mead. Assemblage, mise au point, test et mise en service des machines spéciales chez les clients : un poste purement technique. «Mais quelle bonne voie d’apprentissage, même pour un ingénieur ! se remémore Laurent Boudon. Pendant six ans, j’ai appris à mettre en pratique les connaissances théoriques que j’avais vues à l’École : utiliser une machine-outil, pratiquer la soudure argon, faire preuve de réactivité chez un client face à une machine en panne…»

Innover dans la standardisation

Après ces six années chez Mead, c’est le moment pour Laurent Boudon d’endosser un costume aux épaules plus larges, conformément à ses attentes. Il intègre DCM en qualité de responsable du bureau d’études, chargé de concevoir une partie de la gamme de machines spéciales. Puis il part s’occuper, en 2008, du BE d’une filiale du groupe, ATN, basée à Olivet (Loiret).
Retour en Île-de-France deux ans plus tard suite à un plan social : le BE d’ATN est «rayé de la carte». «Toute l’ingénierie est rapatriée chez DCM à Nanterre (Hauts-de-Seine), et je retourne travailler là-bas pour augmenter mon périmètre de responsabilités, toujours en tant que responsable du bureau d’études.» En l’espèce, un service de 18 personnes réparties en trois pôles : mécanique, automatismes et R&D. Son rôle : favoriser l’innovation dans un contexte de rivalité mondiale. Une concurrence qui aboutit à une exigence paradoxale : amener les machines spéciales (par définition uniques) à un certain degré de standardisation. Une quadrature du cercle qu’il est toutefois possible de résoudre, en développant des gammes de machines partageant un tronc commun, agrémentées d’innovations spécifiques. Pour ce faire, Laurent Boudon peut s’appuyer sur la grande variété de machines dont dispose DCM : «Avec mes seize années dans l’entreprise, il y a encore des machines spéciales sur lesquelles je n’ai pas eu l’occasion d’apporter d’évolutions.»