Grenoble au sommet de la high-tech

Grenoble et sa région sont un véritable vivier industriel et économique : grandes universités et laboratoires côtoient de nombreuses entreprises, des plus grandes aux start-up. Avec quelques points forts : l’informatique et le numérique, les technologies du médical, l’énergie. Et un liant : la passion de l’innovation. Une passion partagée par la communauté des gadzarts qui a choisi de tenir son congrès national du 13 au 15 octobre dans la capitale des Alpes, à la Maison Minatec.

À Grenoble, le CEA Leti dispose de 8 000 m² de salles blanches dédiées à la nanoélectronique et aux microsystèmes. Photo : Jayet / CEA-Leti

Dans les milieux économiques grenoblois, on a coutume d’évoquer les «trois Louis d’or» pour expliquer la relative prospérité du «modèle grenoblois» : c’est la rencontre, dans les années 50, entre les physiciens Louis Weil et Louis Néel (prix Nobel de physique en 1970) et un industriel, Pierre-Louis Merlin, cofondateur de Merlin-Gerin qui deviendra le géant actuel Schneider Electric. Difficile d’imaginer que la région grenobloise a d’abord dû son développement à l’industrie gantière, au bouton-pression, inventé par Albert-Pierre Raymond (fondateur d’ARaymond), et surtout à la «houille blanche».
Grenoble est bel et bien le berceau mondial de l’hydroélectricité et c’est d’ailleurs là qu’Alstom Hydro (GE Renewable Energy) a installé son centre de R&D mondial. Aujourd’hui, les fleurons de l’économie locale ont aussi pour nom, outre Schneider Electric, ST Microelectronics, Soitec, Atos-Bull, HP, Caterpillar, Rossignol, Air Liquide, Capgemeni-Sogeti, etc. Dans cette liste non exhaustive, on voit toute la diversité du tissu économique et industriel de la capitale dauphinoise : l’informatique et les puces s’y mêlent avec l’industrie du sport, les fixations pour l’automobile, l’énergie ou les engins de travaux publics.

Des atouts maîtres

«Notre territoire pourrait être défini comme un écosystème où la démarche “open  innovation” de ses industriels, chercheurs et universitaires bénéficie d’un soutien actif  des collectivités territoriales. Le campus Minatec et, à présent, celui de Giant (Grenoble Innovation for Advanced New Technologies), en sont deux réalisations emblématiques qui rayonnent à l’échelle internationale», explique Éric Rumeau, directeur général de l’Agence d’études et de promotion de l’Isère (AEPI), dont le rôle principal est de promouvoir les entreprises du territoire. Ce dernier a quelques atouts à faire valoir en matière d’emplois très qualifiés : il est le premier de France pour le nombre d’emplois dans la recherche (7,4 % du total), largement devant Paris, et le deuxième pour le nombre d’ingénieurs (près de 9 % des emplois), après Toulouse. Surtout, l’industrie et l’énergie y occupent encore une place enviable avec 16 % de la population active, contre 11 % en moyenne en France. L’Isère, c’est aussi 67 500 étudiants (52 000 pour l’Université Grenoble-Alpes), dont 41 % sont inscrits dans les filières scientifiques. D’où une forte symbiose entre les entreprises, les laboratoires et les universités. Par exemple, la présence du CEA est très symbolique de cette économie collaborative entre industrie et recherche, avec de nombreux projets menés en commun.

Le showroom du CEA Tech. Ses quelque 150 démonstrateurs présentent les travaux des laboratoires Minatec, en particulier l’offre technologique du CEA à destination des industriels. Photo : Jayet / CEA TECH

Des stars de la microélectronique

L’un des points forts de Grenoble est à coup sûr la présence d’un tissu industriel dense dans le secteur informatique et microélectronique. «Avec Minalogic, nous disposons de l’un des deux pôles de compétitivité les plus importants d’Europe dans les domaines des technologies du numérique, le second étant Silicon Saxony en Allemagne», ajoute Joëlle Seux, directrice générale adjointe de l’AEPI. Ce pôle, qui regroupe 280 entreprises, a permis la création de plus de 700 emplois, principalement dans le numérique appliqué à la santé et à l’énergie. Au total, le secteur du numérique représente plus de 40 000 emplois sur le territoire (sur un total de 500 000), avec le renfort de 6 800 étudiants.
Un chiffre résume bien cette concentration : un tiers des emplois français de la microélectronique se concentre à Grenoble. STMicroelectronics est le porte-drapeau du secteur en Isère : cette ex-start-up est devenue un groupe franco-italien après la fusion entre Thomson Semiconducteurs et SGS Microelettronica en 1998, de dimension mondiale avec près de 6,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Il emploie 43 500 personnes dont 7 500 en R&D, et c’est toujours à Grenoble que le spécialiste des semi-conducteurs pour l’Internet des objets ou pour l’automobile emploie plus de 4 000 personnes dans son centre de R&D de Crolles.
L’autre «star» régionale, essaimage du CEA, est le groupe Soitec, également spécialiste des semi-conducteurs utilisés dans les smartphones et les tablettes des grands constructeurs mondiaux. On pourrait citer une bonne douzaine d’entreprises de l’informatique (HP, Autodesk, The Mathworks, Oracle…). «Nous avons un bon mix entre software et hardware, ce qui est indispensable pour adresser le marché de l’Internet des objets», souligne Joëlle Seux.

Les technologies du médical sont aussi un autre atout maître du territoire grenoblois, avec, notamment, la création de Clinatec, là aussi un bon symbole de la coopération entre recherche de pointe et industrie (lire notre article p. 32). Ce secteur a généré plus de 3 200 emplois nouveaux en quinze ans et totalise près de 11 000 emplois, dont 8 600 dans les entreprises et 2 300 dans la recherche publique. Les «medtechs» attirent également 9 000 étudiants.
BioMérieux, Roche, GE Healthcare font partie des principaux industriels installés dans la région. Mais on y trouve aussi de plus petites entreprises, comme la société Trixell, fruit d’un partenariat noué en 1997 entre Thales Electron Devices (qui contrôle 51 % du capital) et les groupes Philips et Siemens. Trixell, qui emploie 430 personnes sur son site de fabrication de Moirans, est un spécialiste de l’imagerie médicale, plus exactement des détecteurs numériques à écrans plats et à rayon X. Du coup, Moirans est l’un des principaux industriels mondiaux dans ce domaine.

Territoire des énergies renouvelables

Médical, électronique et informatique, le territoire grenoblois possède une autre corde à
son arc avec le secteur historique de l’énergie. Pour l’histoire, c’est dès le XIXe siècle que les grands principes de la turbine sont mis au point par le Stéphanois Benoît Fourneyron, ouvrant la voie au développement de l’hydroélectricité et consacrant le territoire comme site référent dans cette spécialité. Le secteur de l’énergie est le second en emplois avec 15 000 postes, dont 2 000 dans la recherche publique. On y compte aussi un pôle de compétitivité, Tenerrdis, spécialisé dans les énergies renouvelables et la transition énergétique et qui rassemble 217 entreprises et laboratoires dans différents domaines : énergie solaire, efficacité énergétique des bâtiments, hydraulique, hydrogène, biomasse… Grenoble a la particularité d’héberger le dernier fabricant français de panneaux photovoltaïques, Photowatt, qui appartient aujourd’hui à EDF Énergies renouvelables. L’industriel dispose de deux sites en Isère et emploie 350 salariés.
Les industries de pointe ne sont pas, loin s’en faut, les seules à être présentes à Grenoble. On y trouve aussi des secteurs plus traditionnels, comme les textiles techniques (Porcher Industries, Serge Ferrari) ou la métallurgie et la mécanique. Autre point fort, la présence de grands groupes étrangers, notamment américains, comme GE, HP, Xerox ou Oracle. Pas moins de 40 % des emplois industriels sont sous pavillon étranger, avec notamment 123 entreprises américaines, 70 allemandes et 41 britanniques. «La présence de salariés étrangers donne au territoire un vrai plus», estime Laurent Ponthieu, directeur exécutif de la French Tech à Grenoble, une coopérative regroupant près de 150 start-up.

La French Tech au pied des Alpes

Dans un territoire si tourné vers les nouvelles technologies, il fallait une structure pour les start-up du numérique. C’est chose faite avec French Tech in the Alps-Grenoble, une structure en société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) qui fédère environ 150 start-up dans le territoire et compte environ 400 sociétaires. «Nous sommes un accélérateur de projets collectifs : école numérique, groupement d’employeurs, fonds d’investissement, etc.», explique Laurent Ponthieu, un X qui a fait sa carrière chez Rolls Royce et EDF, et qui dirige la SCIC. Le groupement permet de faciliter les embauches pour les start-up en partageant des salariés entre elles. Par ailleurs, la SCIC a créé une école qui forme des demandeurs d’emploi à la programmation informatique et assure ensuite, en cas de réussite, un contrat professionnel de douze mois.

 

Retrouvez notre dossier complet “Le modèle grenoblois” :
– Grenoble au sommet de la high-tech
– Le modèle Minatec
Clinatec, la clinique-laboratoire
Schneider Electric innove dans son fief

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