Jean-Marie Jacquet (Li. 81), le théoricien du “made in France”

Après une longue et riche carrière à la Snecma, Jean-Marie Jacquet vole de ses propres ailes à la tête d’un groupe de sous-traitance en mécanique de précision.

Jean-Marie-Jacquet
JEAN-MARIE JACQUET (LI. 81), président d’Euclide Industrie. Photo : DR

Jean-Marie Jacquet, président d’Euclide Industrie, est un ingénieur qui conçoit mal la pratique sans une bonne dose de théorie. Peut-être la raison pour laquelle, à l’orée du supérieur, il repousse la tentation des arts appliqués et de l’école Boulle pour intégrer une prépa technologique qui allait le mener directement à l’Ensam. Au centre de Lille, il s’épanouit autant avec les cours de mécanique des fluides qu’au contact des machines d’usinage. Il passe en plus un DEA d’énergétique, mais cela ne lui suffit pas : à la sortie de
l’Ensam, titulaire d’une médaille, il se soumet à un concours qui lui permet d’entrer en première année à l’École polytechnique. «La transition entre l’enseignement pratico-pratique que j’avais connu jusque-là et la vision conceptuelle des problématiques inculquée à l’X fut un peu violente. Heureusement, les professeurs sont extraordinaires !» Par la suite, précise-t-il, cette dualité des approches l’a toujours guidé et lui a évité «certaines erreurs».
En 1987, Jean-Marie Jacquet est recruté par la Snecma au bureau d’études de Villaroche (Seine-et-Marne). «J’ai d’abord pris la responsabilité d’un service dans les performances, une activité qui tourne autour du calcul, de l’optimisation et de la mesure de la poussée et de la consommation d’un moteur d’avion. C’est là que j’ai appris à conduire un projet.» En 1999, alors qu’il est en charge de l’intégration des systèmes propulsifs — une division de 250 ingénieurs et techniciens —, le groupe lui propose de diriger la fonderie de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), spécialisée dans les pièces complexes comme les aubes de turbines. «C’était important de passer par la production avant l’âge de 40 ans. Ces trois années furent d’ailleurs très formatrices sur le plan humain.» Tout s’enchaîne alors très vite. Nommé vice-président de la division roues et freins de Messier-Bugatti, il se forme à la gestion des ressources humaines (cursus HEC-Insead) puis se voit confier la direction du programme ETRAS (inverseurs de poussée à commande électrique) de l’A380 chez Aircelle (aujourd’hui Safran Nacelles). «J’ai remis en phase ce projet stratégique qui ne fonctionnait pas au bout d’un an de travail acharné.» Ce fait d’armes accompli, le gadzarts décroche la vice-présidence production de Messier-Dowty, filiale de la Snecma spécialisée dans les trains d’atterrissage. Il supervise alors cinq usines dans le monde. Puis survient la fusion entre Snecma et Sagem.

Un rachat après l’autre

N’ayant pas de perspectives suffisamment claires à son goût, il démissionne en 2007 et rejoint Segula Technologies en tant que directeur général de l’activité aéronautique. Expérience de courte durée toutefois en raison de divergences stratégiques avec l’actionnaire… et aussi parce qu’il caresse une autre ambition. «Chez Messier-Dowty, j’avais constaté que pour les petites et moyennes séries de pièces mécaniques, cela ne
coûtait pas forcément plus cher de fabriquer en France qu’en Chine, à condition que ces pièces soient très techniques. C’est ce que je voulais faire pour la suite, mais avec mon propre outil industriel.» Il se reconvertit alors dans le conseil puis acquiert une première entreprise en 2011 : la briviste Mecanat Precision. D’autres rachats suivent en 2013 et 2016, si bien que Jean-Marie Jacquet est aujourd’hui à la tête d’un groupe cohérent de cinq sociétés réalisant 25 millions d’euros de chiffre d’affaires. «Les clients d’Euclide Industrie sont dans les biens d’équipement, l’énergie, le médical et l’aéronautique bien sûr. C’est d’ailleurs une fierté d’être présent sur Leap, le moteur phare de Safran ! »

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