La capacité nucléaire dont la France aura besoin

Grand carénage et renouvellement du parc. Ces deux défis se posent à l’industrie nucléaire française au moment même où celle-ci a un rôle important à jouer dans la diminution du recours aux énergies fossiles. Valérie Faudon, directrice générale de la Société française d’énergie nucléaire, déchiffre la situation.

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Le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche). Les retards qui s’y accumulent font couler beaucoup d’encre. Des difficultés techniques que la filière, selon Valérie Faudon, serait capable de surmonter. Photo : Alexis Morin.

Parmi la dizaine d’objectifs de la loi de 2015 sur la transition énergétique, le gouvernement a fixé comme priorité la lutte contre le changement climatique et la décarbonisation de l’économie. «Dans ce contexte, le débat sur le nucléaire est un peu bizarre, reconnaît Valérie Faudon, directrice générale de la Société française d’énergie nucléaire (Sfen). Le nucléaire permet à la France d’avoir une électricité à 95 % décarbonée. Et la question de la diversification du “mix” électrique n’a pas d’impact sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.»

Troisième filière industrielle française, l’industrie nucléaire compte 2 500 entreprises, qui emploient 220 000 personnes. Elle exporte pour 2 milliards d’euros d’électricité par an, environ 10 % de la production, et elle est au cœur de l’équilibre du système électrique de l’Europe de l’Ouest. Le prix du mégawattheure est de 33 euros, en prenant en compte le coût du grand carénage. «Ce coût est réellement compétitif, souligne Valérie Faudon. En France, nous avons l’un des tarifs d’électricité pour les ménages parmi les plus bas d’Europe. En Allemagne, il est de 70 % plus élevé.»

De nombreuses incertitudes

La France fait face à des incertitudes de trois ordres à l’horizon 2030. D’abord le niveau de consommation d’électricité, qui dépend de deux facteurs contraires : l’amélioration de l’efficacité énergétique et l’électrification croissante des usages. Ensuite, la stratégie de nos voisins immédiats. Plusieurs ont décidé d’abandonner à des degrés divers le nucléaire, sans préciser exactement ce qu’ils comptent faire. Ils devront probablement importer beaucoup d’électricité, principalement depuis la France. Enfin, le niveau de déploiement des autres moyens de production d’électricité, leurs coûts de production, leur capacité technique, leur rythme d’implantation. Pour la Sfen, il s’agit de ne pas prendre de décisions de fermeture de centrales a priori, car on pourrait avoir besoin de toute notre capacité nucléaire, même en 2030.

Les difficultés techniques rencontrées par les EPR font couler beaucoup d’encre. Mais le démarrage du premier EPR à Taishan en Chine, connecté au réseau électrique le 28 juin, montre que la filière est en passe de les surmonter. Des gains importants sont prévisibles. La fabrication par paire fait baisser le coût de 15 %. Et la mise en place d’un cadencement, essentiel pour dimensionner au plus juste l’outil industriel, gérer les embauches et les compétences, peut se traduire par une baisse de l’ordre de 30 %.

«Nous avons demandé que le gouvernement se saisisse de la question du renouvellement du parc, conclut Valérie Faudon, et que la manière de le renouveler soit au coût le plus bas possible. Il faudra à la fois une visibilité programmatique et une stratégie de financement, car les frais financiers sont le deuxième poste de coût. Les scénarios européens montrent qu’il faudra au moins 40 gigawatts de nucléaire d’ici à 2050, ce qui signifie qu’il faudrait construire une quinzaine de centrales entre 2030 et 2050.»

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