Le boxeur ingénieur

Manageur dans la région bordelaise, le trentenaire Kevin Kuadjovi (Bo. 207) est multichampion de boxe amateur. Une discipline exigeant, outre des capacités physiques, des qualités de concentration et d’adaptation à la situation qu’il applique aussi dans l’exercice de son métier d’ingénieur.

Kevin Kuadjovi (Bo. 207). Mars 2012 : Champion de France de boxe dans la catégorie 91 kg. Novembre 2012 : Ingénieur mesures forages pétroliers marins chez Schlumberger (Nigeria). Septembre 2017 : Manageur d’équipe chez Gaz réseau distribution France. Février 2018 : 3e et dernier titre de champion de France de boxe dans la catégorie 91 kg.

Depuis un an responsable d’une équipe d’intervention chez Gaz réseau distribution France dans la région de Bordeaux, Kevin Kuadjovi, 31 ans, est un manageur pour le moins atypique. Ce gadzarts est un sportif de haut niveau, sacré, à plusieurs reprises, champion de France de boxe amateur. «Certains me surnomment le boxeur ingénieur, cela m’amuse et me flatte», sourit ce colosse de 1,90 m, originaire du Val-d’Oise, en région parisienne.

Il a découvert ce sport de combat sur le tard. «J’étais fan de football depuis mon enfance», avoue-t-il. Nous sommes en 2010. L’un de ses camarades de promo du campus de Bordeaux-Talence, où il a suivi son cursus d’ingénieur, l’entraîne dans une salle de boxe à Pessac, dans la périphérie bordelaise. «J’ai été séduit par l’ambiance de la salle. J’ai pris goût à ce sport et m’y suis consacré à fond», se rappelle-t-il. Bluffé par ce potentiel naissant, son entraîneur commence à lui faire faire des combats qu’il gagne tous avant la limite. Un an plus tard, fort de sa double nationalité franco-togolaise, Kevin décroche la médaille de bronze aux championnats d’Afrique, dans la catégorie poids lourds (moins de 91 kg). Champion de France en 2012, le jeune homme se voit déjà porter les couleurs de son pays aux jeux Olympiques de Londres. «Pour des raisons diplomatiques, regrette-t-il, cela n’a pas pu se faire.»

Son métier reste sa priorité

Il arrête alors provisoirement la boxe et intègre le groupe Schlumberger qui l’envoie pendant trois ans sur des plateformes pétrolières tout autour du monde (Norvège, Turquie, Ghana, Maroc, Sénégal…), le temps de se familiariser avec les problématiques gazières. Et le jeune homme continue à entretenir sa forme physique (footing, musculation, traction). En 2015, son entraîneur bordelais le rappelle pour disputer les qualifications pour les JO de 2016. Kevin se laisse séduire par le défi mais ne parvient pas à son but. «J’étais trop “court” pour revenir au plus haut niveau, soupire-t-il. J’ai fini quatrième aux qualifications alors que seuls les trois premiers partaient pour Rio de Janeiro.»

Il s’installe alors en France avec sa compagne, enceinte, et parvient à décrocher le titre de champion de France amateur en 2017. «Même si j’aime la compétition, j’ai toujours considéré la boxe comme un loisir. Mon objectif était de me consacrer à fond à mon métier d’ingénieur.» À l’automne 2017, il prend la direction d’une équipe d’intervention spécialisée dans le gaz dans la région bordelaise tout en continuant à boxer. Se voit-il comme un manageur né ? «À mon sens, le management ne s’apprend pas. Il existe une part innée. J’applique à mes équipes ce que j’ai appris avec mon coach. Pour que cela fonctionne dans un collectif, il faut instaurer une ambiance sereine, faire monter en compétences ses collaborateurs, tout en ne perdant jamais de vue l’obligation de résultat. Il importe de responsabiliser ses collaborateurs en célébrant les “petites victoires” de chacun d’entre eux. Si vous ne valorisez pas les gens, ils feront le minimum», analyse-t-il.

En quoi la boxe l’aide-t-elle dans son job de manageur ? «C’est un sport où la capacité à se concentrer est primordiale et où il faut s’adapter en permanence à l’adversaire. Mes études d’ingénieur m’ont aidé à analyser les situations. C’est idéal pour la boxe.»

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