“Les entreprises réinvestissent”, Dorian Roucher

Il y a longtemps que l’économie française n’a pas connu une telle embellie. Selon l’Insee, le PIB progresserait de 0,3 % au premier trimestre 2017 et la croissance atteindrait + 0,5 % au deuxième. Dans ce concert de belles nouvelles, le secteur industriel jouerait sa partition avec + 0,9 % sur le premier semestre. Décryptage.

AMMag – Quelles sont les causes de l’embellie de la conjoncture économique française ?
Dorian Roucher – L’économie est repartie dès le début de l’année 2015 sous l’effet de facteurs extérieurs, principalement les baisses de l’euro, du prix des hydrocarbures et des taux de crédit. Mais des freins spécifiques – construction en berne, arrêt de la moitié des tranches nucléaires, faibles récoltes et attentats affectant le tourisme – ont limité les effets de la reprise. En effet, les hausses du PIB en 2015 et 2016 ont atteint + 1,2 % et + 1,1 %. Mais depuis six mois, nous observons une nette accélération : les touristes reviennent, la construction est bel et bien repartie et l’agriculture devrait apporter un surcroît de croissance de 0,2 point de PIB, si les conditions météorologiques restent normales.

AMMag – Les investissements suivent-ils, notamment dans les biens d’équipement ?
D. R. – Les investissements des entreprises sont très nettement repartis : + 2,7 % en 2015 et + 4 % en 2016. Cela s’explique par la baisse des taux d’intérêt et les effets du dispositif de suramortissement. Mais les investissements liés à cette mesure sont pour l’essentiel derrière nous, car les industriels n’avaient pas prévu son prolongement d’un an (1). Cela étant, l’investissement industriel restera soutenu en 2017, avec un acquis de croissance de 1,8 % pour 2017 à l’issue du premier semestre, grâce aux perspectives positives de la demande aussi bien nationale qu’internationale.

AMMag – Le trou de la balance commerciale, proche de 50 milliards d’euros, est-il corrélé avec l’augmentation des investissements industriels ?
D. R. – Le commerce extérieur a plombé l’activité économique en 2016. Sa contribution négative au PIB a atteint 0,8 point sous l’effet de ciseaux d’une demande extérieure affaiblie – principalement du Brésil, de la Russie et de la Chine – et une demande intérieure dynamique. Bref, nous avons peu exporté et beaucoup importé. Cette contribution négative provient essentiellement des produits manufacturés (– 0,6 point), le reste étant le fait du tourisme et des échanges de produits agricoles.

AMMag – La part de marché de la France dans l’économie mondiale a-t-elle diminué ?
D. R. – Non. Elle s’est stabilisée depuis 2010. Les exportations suivent la progression de la demande mondiale qui nous est adressée. On ne peut parler ni de gain ni de perte de compétitivité. Mais les forts investissements industriels des deux dernières années sont susceptibles, à moyen terme, de favoriser les capacités productives et, a priori, les exportations.

AMMag – En se basant sur les douze derniers mois, quelle tendance apparaît pour la mi-2017 ?
D. R. – Déjà, la croissance devrait atteindre + 1,5 % entre la mi-2016 et la mi-2017. Un scénario d’accélération se dessine, notamment dû à la levée des freins cités plus haut. Le commerce mondial est également en phase d’expansion. Les émergents se sont remis à consommer. Enfin, cette accélération a un impact très net sur l’emploi marchand. Plus de 187 000 emplois, dont 70 000 en intérim, ont été créés en 2016 (100 000 en 2015). C’est le nombre le plus élevé depuis 2007. De 2009 à 2014, ces créations étaient proches de zéro, voire négatives. Cela traduit la confiance retrouvée des entreprises.

(1) Une entreprise qui a, par exemple, acquis un nouvel équipement industriel a bénéficié d’un avantage fiscal permettant de déduire de son résultat imposable 40 % du prix de revient de ce bien, cumulable avec d’autres dispositifs. Le suramortissement devait s’interrompre en 2016, mais il a été prolongé d’un an, jusqu’au 15 avril 2017.

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