“Les Français veulent raccorder leur pays avec le présent”, Robin Rivaton

L’économiste et essayiste et directeur général de Paris Régions Entreprises, Robin Rivaton, était l’invité des Matinales du Cercle La Rochefoucauld, à la Maison des Arts et Métiers. Ce nouveau rendez-vous propose de discuter, au petit-déjeuner, avec un expert économique sur la situation de la France et de son industrie. Constats et solutions de l’auteur de «Quand l’État tue la nation» (1).

Les heures travaillées

«Les principaux problèmes économiques sont de plusieurs natures. Prenons le nombre d’heures travaillées par adulte. En 2014, la France avait une durée annuelle moyenne du travail par habitant âgé de 15 et 69 ans de 902 heures. Nous nous classons en bon dernier des pays développés, à égalité avec la Turquie. Chez nos voisins allemands, cette durée est de 1 002 heures quand elle tutoie 1 123 de l’autre côté de la Manche et s’établit à 1071 heures pour l’ensemble de l’Union européenne. Les pays où les habitants sont les plus riches — Suisse, États-Unis, Australie, Canada — sont aussi les pays où la durée annuelle moyenne du travail est la plus haute, approchant 1 200 heures. Ces 902 heures ne sont qu’une moyenne et masquent des écarts relativement importants. Les entrepreneurs français, les indépendants sont ceux qui travaillent le plus au monde, soit 2 200 heures par an…»

L’outil de production

«C’est un point essentiel dans une économie moderne. Nous pouvons avoir les meilleurs ouvriers du monde, si ces derniers travaillent sur des machines obsolètes, il y a peu de chances qu’ils parviennent à être compétitifs. D’ailleurs, je parle d’un outil de production qui ne se limite pas à ceux de l’industrie, c’est le cas par exemple des calculateurs hautes performances qui équipent les centres de recherche mais plus difficilement les grandes entreprises. Nous constatons que nous avons d’énormes retards d’investissement. Quand il n’y a pas de capital dans un pays, il n’y a pas d’investissements. Or, qu’a réussi à exporter le mieux la France ces dernières années ? Ce sont ses millionnaires, puisque nous avons réussi à en envoyer 12 % à l’étranger. La fiscalité française a triplé là où nos concurrents sont parvenus à la stabiliser, voire à la diminuer. Quand la fiscalité est surtaxée, nous arrivons à ce phénomène d’éviction qui se traduit par un appauvrissement du pays. En économie, on utilise la position extérieure nette (PEN). La PEN d’un pays est la différence entre l’ensemble des créances étrangères détenues par les résidents et l’ensemble des dettes des résidents envers l’étranger. À moyen terme, elle annonce un niveau de vie artificiellement soutenu. Aujourd’hui, chaque Français doit 5 500 euros au reste du monde.»

La formation

«Nous avons un système de formation qui a permis de rattraper notre retard pendant un temps. Je vous rappelle qu’au sortir de la Seconde Guerre, en 1945, la France avait une population moins qualifiée que les autres pays développés de l’Europe du Nord. Pendant une quarantaine d’années, le système de formation a très bien fonctionné.
Aujourd’hui, nous voyons se produire l’effet inverse avec un réel décrochage sur la qualification moyenne des Français par rapport à nos concurrents. Prenons l’indicateur PISA (2), le Programme international pour le suivi des acquis des élèves, mais aussi des indicateurs sur la main-d’œuvre déjà en poste — ils nous placent en fin de classement des pays de l’Union européenne. Nous voyons que d’énormes chantiers sont à mener sur la formation initiale. Aujourd’hui, 120 000 jeunes en sortent chaque année sans maîtriser correctement la langue et 150 000 sans même avoir décroché le brevet. Ils constituent, hélas, année après année, des contingents de personnes qui ne peuvent pas accéder au marché du travail.»

L’entrepreneuriat

«On entend très souvent que la faute du “déclin” reposerait sur la société française dans son ensemble, comme si nous avions tous été frappés d’une sorte de déterminisme culturel, maladie incurable et collective, qui ferait de nous des résistants à la mondialisation. Faux. En une décennie, la France a vécu une véritable révolution culturelle. Les Français ont profondément changé leur regard sur l’argent, l’entreprise, la création de richesses, l’innovation et se sont ouverts au monde. En 2002, 2 % des Français voulaient créer leur entreprise ; ce chiffre était le plus faible de tous les pays développés. En 2015, ils étaient 14 %. Un exemple. En 2000, les pouvoirs publics avaient misé, lors de la création du statut d’autoentrepreneur, sur 50 000 entreprises. Nous dépassons le million et, étonnamment, Internet n’en pas fut le moteur. Dans le rapport sur l’auto-entrepreneuriat, le mot “numérique” n’apparaît pas ! Loin d’être pessimistes, les Français veulent ardemment raccorder leur pays avec le présent.»

Les réformes

«Il faut bien sûr se pencher sur le contrat de travail, pour le rendre plus lisible, ramener la négociation syndicale au niveau de l’entreprise et remettre sur le marché du travail les 10 % de personnes qui en sont exclues. Le risque social et ses dérives sont très forts. J’ai fait une proposition qui a été reprise par des candidats lors des primaires de droite : elle consiste à permettre aux personnes allocataires du RSA dit socle (1,6 million de personnes en France) de cumuler leurs allocations avec un contrat dérogatoire au Smic, l’objectif étant qu’ils ne perdent jamais d’argent. Sur la partie du capital, il faut mettre un taux d’impôt unique — c’est l’idée des Danois — et installer une stabilité fiscale. Et un chiffre de plus ! Aucun pays européen n’aura créé ces cinq dernières années plus de trois règles fiscales alors que la France en a imaginé cinquante-trois sur la même période…»

Retrouvez sa conférence lors des Matinales du Cercle de La Rochefoucauld

(1) Paru chez Plon, en septembre 2016.
(2) Enquête Program for International Student Assessment de l’OCDE, étude comparative des performances des systèmes scolaires de 72 États (www.oecd.org).

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