Les Hauts-de-France, futur berceau de l’automobile 4.0

La région des Hauts-de-France se pare d’atours pour attirer les entreprises de l’industrie automobile sur son territoire et passer ainsi du statut de fleuron français à celui de cœur névralgique de l’industrie automobile européenne de demain.

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L’usine PSA de production de véhicules utilitaires légers d’Hordain. En sortent les Peugeot Expert et Traveller et les Citroën Jumpy. Photo : DR

«Avec plus de 700 000 véhicules produits par an, soit plus d’un tiers de la production, notre région est la première en France dans le domaine de l’automobile», détaille Michel Lalande, préfet des Hauts-de-France, à la tribune du troisième Forum européen de l’industrie automobile (FEAL), organisé cet été. «Les Hauts-de-France, rappelle-t-il, ce ne sont pas moins de sept sites de production de véhicules, 55 000 salariés, 400 fournisseurs et sous-traitants. Ici, la filière automobile résonne avec une intensité particulière. Nous avons tiré les leçons des crises passées et savons aujourd’hui que l’État, le conseil régional, la chambre de commerce et les autres institutions doivent travailler ensemble, aux côtés des entreprises, au service de l’intérêt général.» Et si, aujourd’hui, les indicateurs sont repassés au vert pour la filière automobile, elle reste néanmoins confrontée à des défis majeurs.

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Xavier Bertrand, président de la région, défend la création d’«un “écosystème” favorable pour les entreprises du secteur qui choisissent les Hauts-de-France pour déployer leurs activités».
Photo : DR

Accompagner la mutation de la filière

«L’enjeu est de taille, rappelle en préambule Luc Chatel, président de la Plateforme automobile (PFA). La France, grand pays producteur d’automobiles du XXe siècle, sera-t-elle capable de produire des services de mobilité au XXIe siècle ?» Et l’ancien ministre de l’Éducation de poursuivre : «La filière automobile va connaître des bouleversements inédits. Nous devons faire face à une triple “disruption” [“rupture” en français, NDLR] : technologique, avec le véhicule électrique ; numérique, avec le développement du véhicule connecté puis autonome ; et, enfin, sociétale, avec un rapport à l’automobile qui change et des industriels qui passeront bientôt de constructeur d’automobile à fournisseur de services de mobilité.»

Pas étonnant, dès lors, qu’un contrat de filière, dont l’objectif est d’accompagner la mutation radicale et profonde de l’industrie automobile, a été signé à Bercy au printemps dernier. L’engagement a été pris d’agir en faveur de la transition énergétique, d’œuvrer pour créer un système économique favorable au véhicule autonome, d’anticiper l’évolution des besoins en compétences et, enfin, de renforcer la compétitivité des entreprises.

Lors du FEAL, Xavier Bertrand, président de la région, et Luc Chatel, de la PFA, ont annoncé le déploiement de ce contrat dans les Hauts-de-France. «Le rôle de la région, développe Xavier Bertrand, est de créer un “écosystème” favorable pour les entreprises du secteur qui choisissent notre territoire pour déployer leur activité. Nous avons vocation à aider l’industrie automobile tant financièrement que par des programmes de formation. Car il faut anticiper le besoin de transformation des emplois que provoquera le passage de la motorisation thermique à électrique. Il faut près de sept fois moins d’ouvriers pour fabriquer un moteur électrique qu’un moteur Diesel, insiste l’ex-ministre du Travail : c’est dire s’il est primordial d’anticiper les conséquences de ces mutations dans notre bassin d’emplois.» Et Luc Chatel de compléter : «Si le savoir-faire de la France en motorisation thermique n’est plus à prouver, il faut se donner les moyens de bien gérer le virage de l’électrique, une technologie que nous maîtrisons moins. Aujourd’hui, 75 % de la chaîne de valeur se trouvent en Asie ! Il est essentiel d’anticiper l’évolution des besoins, notamment en formant aux métiers de demain.»

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Louis Schweitzer, ancien président de Renault, prévoit des progrès en efficience des batteries électriques bien plus rapides que celle des piles à combustible dans les quinze prochaines années.
Photo : DR

Électricité ou hydrogène

Sur le plan technologique, deux grandes tendances se dessinent. Certains parient sur l’électrique, à l’instar de Louis Schweitzer, ancien président du groupe Renault et invité d’honneur du FEAL. Celui-ci prévoit des progrès bien plus rapides sur l’efficience des batteries électriques dans les quinze prochaines années que sur celle des piles à combustible. Du côté de Toyota, précurseur du véhicule hybride il y a vingt ans, Luciano Biondo, président de Toyota Motor Manufacturing France, prône plutôt le développement de l’hydrogène. Cette technique marie les avantages de l’électrique avec un temps de ravitaillement et une autonomie semblables à ceux des véhicules thermiques. De plus, la production d’hydrogène est possible à partir de nombreuses sources d’énergies renouvelables. «Plutôt que de subir les changements, nous les provoquons», explique Luciano Biondo. Toyota investit d’ailleurs 300 millions d’euros dans son site de production de Yaris d’Onnaing, près de Valenciennes (Nord), pour moderniser son outil industriel et préparer le lancement d’un nouveau véhicule.

La France et, surtout, les Hauts-de-France veulent devenir le berceau de l’industrie automobile 4.0. Au cours des cinq prochaines années, la filière automobile devrait recruter 70 000 personnes par an. Pour attirer les talents, former les jeunes, Xavier Bertrand affirme sa volonté de créer «un campus des métiers de l’automobile dans les Hauts-de-France».

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L’Autonomous Lab Car lors de sa présentation aux Rendez-vous Carnot les 17 et 18 octobre 2018.

L’Ensam Lille planche sur le sujet

Alors que le campus de Lille vient de lancer, avec Valeo, une chaire industrielle consacrée aux phénomènes vibratoires non linéaires dans les transmissions automobiles du futur (lire aussi p. 21), l’institut Carnot Arts, membre de Carnauto, a présenté l’Autonomous Lab Car, véhicule doté d’un système de navigation autonome, à l’occasion des Rendez-vous Carnot en octobre dernier
à Lyon. Ce véhicule est une plateforme expérimentale dédiée aux développements et aux tests de systèmes innovants, de la simple assistance jusqu’à la conduite entièrement automatisée. Coiffés d’un casque VR, les visiteurs du 3e Forum européen de l’industrie automobile (FEAL) avaient déjà pu la découvrir en immersion à 360 ° cet été. L’Autonomous Lab Car a été mise au point par le Laboratoire d’automatique, de mécanique et d’informatique industrielles et humaines (Lamih UMR CNRS 8201 de l’institut Carnot Arts) en partenariat avec l’Ensiame de Valenciennes (Université polytechnique Hauts-de-France). Les activités du Lamih portent sur la place de l’Homme dans l’ingénierie et les systèmes, et couvrent toute la chaîne transport et sécurité, mobilité et handicap, de la recherche théorique et méthodologique jusqu’à l’innovation. Il est spécialisé dans la simulation numérique des structures de véhicules de transport.

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