Les services se structurent

La Commission nationale des services a publié son rapport 2016, intitulé «le Panorama des services marchands». L’occasion de découvrir le secteur qui attire 18 % des jeunes diplômés de l’Ensam et où se créent le plus d’emplois et d’entreprises aujourd’hui en France. Louis Castex, conseiller académique auprès d’Art et Métiers Alumni, nous en livre les éléments clés.

Louis-Castex
Louis Castex. Ingénieur Insa, titulaire d’un doctorat d’État en sciences physiques (1987) et professeur des universités, Louis Castex a dirigé l’Ensam d’Aix-en-Provence (1991-1996), l’Ensam de Paris (1996-2001), puis l’Insa de Toulouse (2001-2009). Il a présidé la Commission des titres d’ingénieur de 1998 à 2004, puis la Conférence régionale des directeurs des grandes écoles de la région Midi-Pyrénées. Élu président de l’université de Toulouse en janvier 2009, il jette l’éponge un an plus tard devant le refus des grandes écoles et des universités de travailler ensemble. Depuis 2011, Louis Castex est chargé de mission auprès du DG de l’Ensam, conseiller scientifique de la Fondation Arts et Métiers et conseiller académique du président de la Société des ingénieurs d’Arts et Métiers. Photo : DR

Le poids économique des services marchands en France est considérable. Dans son rapport annuel de 2016, la Commission nationale des services (CNS), organisme plus jeune que son alter ego, le Conseil national de l’industrie, puisqu’il a été créé en 2013, cite ces chiffres : 45,6 % du produit intérieur brut, 10,1 millions d’emplois, 2,1 millions d’entreprises et un excédent de la balance des paiements de 8,8 milliards d’euros. À titre d’exemple, 18 % des jeunes diplômés de l’Ensam commencent leur vie professionnelle dans les services, le plus souvent via des prestataires de personnels hautement qualifiés.

Ces chiffres traduisent l’importance de ce domaine économique en constante progression. Ainsi ce secteur revendique la création de 186 000 emplois nets en 2016 dans différentes catégories. La liste de ces catégories en perpétuelle évolution est digne de Jacques Prévert. Cela a conduit les pouvoirs publics à structurer le secteur en mars 2015 en créant progressivement des filières. Elles auront un rôle «d’outil d’analyse des potentialités et des freins existants ainsi qu’une structure d’élaboration d’actions concertées». Elles doivent impliquer les parties prenantes que sont les entreprises, les fédérations professionnelles et les syndicats de salariés. Un triple objectif est visé : favoriser le dialogue interne, la représentation et valoriser les activités de service ; optimiser leur organisation, actuellement très éclatée ; et identifier les enjeux communs prioritaires ainsi que les meilleures réponses à leur apporter.

Charpenter pour endiguer la chute

Depuis 2012, cependant, le secteur souffre. L’inflexion du marché du travail, particulièrement sensible en France, a conduit la CNS à coopérer avec le Conseil national de l’industrie ainsi qu’avec la récente Alliance Industrie du futur(1).

Le potentiel de développement des filières créées et à venir est énorme et représente donc un enjeu majeur qui concerne plusieurs ministères et un nombre considérable d’acteurs sur le terrain. La CNS espère favoriser une évolution puissante et cohérente susceptible de dépasser les clivages historiques. Les structures créées devront rester souples afin de ne pas figer leur évolution. Des «préfigurateurs de -filières» ont été nommés, d’abord dans trois domaines : rencontres d’affaires et événementiel, communication et services à la personne. D’autres devraient suivre d’ici à 2018 : logistique, services aux collectivités, maintenance, relations avec la clientèle et «facility management»(2).

Le domaine des rencontres d’affaires et de l’événementiel englobe l’organisation de salons, les foires et les congrès. Son noyau comprend les exploitants des parcs des expositions, des centres de congrès et les organisateurs professionnels et commerciaux. Les prestataires travaillant à la préparation et au déroulement de l’événement sont également inclus, ainsi que les services auxquels recourent les exposants (hébergement, restauration, transport…). En 2013, cette filière concernait environ 13 000 salariés et 7 000 entreprises qui généraient un chiffre d’affaires cumulé de 3,5 milliards d’euros, dont 0,4 à l’export, et une valeur ajoutée de 1 milliard d’euros. L’Union française des métiers de l’événement (Unimev) considère qu’en emplois directs et indirects, l’activité concerne 120 000 équivalents temps plein avec 7,5 milliards d’euros de retombées économiques. Ce secteur doit relever de nombreux défis avec une concurrence internationale de plus en plus forte. Le premier contrat de filière a été signé le 20 octobre 2016 lors du salon international de l’Alimentation.

Des filières atomisées mais porteuses de croissance

Il est aussi question d’accompagner la filière communication, confrontée à une relative méconnaissance de son rôle de levier pour la croissance économique. Ce secteur représente 100 000 emplois et un chiffre d’affaires de 30 milliards d’euros en 2015. Il existe environ 8 500 agences qui emploient moins de 10 salariés pour la plupart alors qu’elles voisinent avec des leaders mondiaux internationalisés. La publicité sur Internet fait évoluer ce secteur qui a pourtant crû de 6 % en 2015. Un contrat de filière impliquant 16 fédérations professionnelles a été signé le 21 février 2017.

Les services à la personne (SAP) sont, eux, constitués de trois branches historiques qu’il a fallu rassembler dans une filière unique. Sept fédérations professionnelles et trois syndicats de salariés ont, après négociations, abouti à un contrat de filière signé le 23 février 2017. Ils génèrent 1 % du PIB grâce à leur 1,3 million de salariés dont 450 000 équivalents temps plein (des femmes à 97 %). Ce sont 26 000 organismes qui opèrent dans les SAP dont 7 900 microentreprises. Cette filière est particulièrement complexe par la multiplicité de financeurs et d’opérateurs, l’ingénierie financière, la formation, les différents types de salariés et la fragilité de certains publics visés.

Enfin, la filière sport, qui existe déjà, a vocation à rejoindre la CNS bien qu’étant hybride, à la croisée de l’industrie et des services. L’économie du sport a généré en France en 2013 des dépenses représentant 1,8 % du PIB (38,1 milliards d’euros) et concerne 275 000 emplois. Un contrat stratégique de filière a conclu la phase de concertation des acteurs du secteur le 23 mars 2016. Acteurs qui se réjouissent aujourd’hui de la tenue des JO de 2024 à Paris.

La compétitivité pique du nez

Contrairement à la balance commerciale des produits, la balance française des services
a toujours été excédentaire mais, pour la première fois, en 2016, elle a frôlé le zéro : 24 milliards de bénéfices en 2012, 17 en 2014, 8,8 en 2015 et seulement 29 millions en 2016 (avec leur 1,8 milliard, les voyages compensent la perte de tous les autres services[1]).
Si l’effondrement de 2016 s’explique, en partie, par la baisse de la fréquentation touristique due aux attentats terroristes, la tendance
à long terme est malgré tout négative. Plusieurs raisons expliquent cette chute ininterrompue : la délocalisation du personnel de back-office (centre d’appels notamment) ou la délocalisation des recettes de certains cadors du Web dans des pays à faible fiscalité (AirBnB, Booking, Google…).

Comme dans l’industrie, les services doivent monter en gamme pour pouvoir résister,
en valeur, à la concurrence internationale. Et pour être plus compétitive, la main-d’œuvre devra être mieux formée. Car, pour l’heure, à tarif égal, une prestation en Espagne ou en Suisse sera malheureusement plus haut de gamme qu’en France. Mais, pour investir en nouveaux équipements comme en formation, il faut que les marges des entreprises servicielles progressent aussi. 

(1) Source : Banque de France.

(1) L’Ensam et l’Institut Mines-Télécom sont les deux composantes académiques de l’Industrie du futur.
(2) Le «facility management» consiste à confier à un prestataire un ensemble
de tâches : accueil, gardiennage, approvisionnement en consommables, entretien des bâtiments, chauffage, etc.

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