“Nos start-up ne portent que des projets industriels”

Arts & Métiers Acceleration a fêté, il y a peu, son premier anniversaire. Gérard Mura (Li. 65), son président, et Joël Saingré, nouvellement nommé directeur général, réaffirment ensemble les ambitions et l’originalité de ce jeune accélérateur dans le paysage national de l’innovation. Entretien.

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Gérard Mura (Li. 65), président d’AMA.
Titulaire d’un master of science en génie électrique de l’université de Carnegie-Mellon de Pittsburg (Pennsylvanie) obtenu en 1971, il a complété sa formation en management
à l’Insead en 1987. Le gadzarts a démarré sa carrière chez Valeo où il a occupé divers postes de direction de 1972 à 1991, dont ceux de directeur général et directeur de division. Il a cédé la division garnitures de freins après l’avoir redressée, en 1991, au groupe américain Allied Signal, qui lui a ensuite confié la direction de Bendix Europe. En 1995, il devient président d’AFE, rebaptisé Safe en 2012. Le groupe compte trois branches devenues leaders mondiaux : composants de forme en acier pour engins lourds ; outillages pour fours de traitement thermiques ; couvercles d’airbag et pièces décorées pour l’automobile. Il en devient l’actionnaire majoritaire
en 2006.

AMMag – Arts & Métiers Acceleration, AMA, est ce qu’on appelle un accélérateur de start-up. Comment définissez-vous son rôle ?
Joël Saingré – C’est une société de services qui a pour mission d’accompagner des start-up ayant terminé leur période d’incubation, le plus souvent pour transformer un prototype en produit industrialisé. Pour y parvenir, il faut à ce stade trouver des financements complémentaires.

AMMag – Comment se positionne AMA dans l’accélération et quelle est la stratégie mise en œuvre pour sa réussite ?
Gérard Mura – Avec le Créda et les incubateurs des campus de Paris, Lille, Bordeaux et Cluny, AMA est la brique qui complète les dispositifs déjà existants de l’École et d’Arts & Métiers Alumni — avec AMBA, qui fédère un réseau de deux cents «business angels», les groupes professionnels, qui permettent d’identifier des industriels intéressés, le Clenam, capable de mobiliser des mentors, et le Rexam, qui fédère un réseau étendu d’experts. Notre accélérateur donnera à l’Ensam, accompagné par Arts & Métiers Alumni, la maîtrise de la chaîne complète de soutien à l’innovation, de la naissance de l’idée à l’industrialisation du produit.

AMMag – Quels seront les points forts d’AMA ?
G. M. – Nous visons l’organisation de la rencontre entre les start-up ayant déjà fait la preuve de leur concept, les industriels et les fonds d’investissement qui désirent investir sur l’innovation. Cette rencontre va se faire à travers un comité de sélection et permettra aux parties de se connaître pendant toute la période de l’accélération avant de confirmer leur partenariat. AMA souhaite également aider les start-up à industrialiser leur produit avec un niveau d’investissement le plus faible possible. Les progrès technologiques récents, comme l’impression 3D, permettent d’y parvenir, sous réserve d’identifier et d’animer une large base de fournisseurs spécialisés.

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Joël Saingré, directeur général d’AMA.
Diplômé de l’ESCP Europe et en économie de l’innovation (Paris IX-Dauphine), Joël Saingré a récemment été nommé directeur général d’Arts & Métiers Acceleration. Il accompagne depuis vingt-cinq ans environ créateurs et entrepreneurs. Sa fonction d’accompagnateur a débuté à la CCI de Paris Île-de-France. Simultanément, il codirigeait le mastère «innover et entreprendre» de Paris IX-Dauphine. En 2004, il fonde l’incubateur d’Advancia, une école de commerce de la CCI de Paris Île-de-France, devenue Incuba’school en 2013 (plus de 600 start-up y ont été accompagnées). Joël Saingré continue de présider en parallèle l’association BGE Adil (qui aide les personnes en difficulté à devenir chefs d’entreprise) et IES, l’organisme qui fédère 35 incubateurs de l’enseignement supérieur.

AMMag – Comment entre en jeu le financement ?
G. M. – L’argent, c’est le nerf de la guerre. Il faut trouver des fonds, parmi ceux qui veulent investir à ce stade de l’innovation, ou des industriels qui cherchent soit à élargir leurs gammes de produits, soit à démarrer de nouvelles activités ou former leur équipe au processus de l’innovation porté par les start-up.

AMMag – Quels sont les objectifs à court et moyen termes d’AMA et les moyens mis en œuvre ?
G. M. – AMA a eu des débuts difficiles. Nous repartons après une année d’exploitation avec 70 postes à Station F que nous louons aux start-up et nous accompagnons une petite quinzaine de start-up. AMA est désormais dirigé par une nouvelle équipe, constituée de Joël Saingré, le directeur général, et Gaël Buvat (Bo. 212), responsable des programmes. Le conseil d’administration d’AMA, constitué de sept bénévoles, a pour objectif de définir la stratégie et de superviser le fonctionnement de l’accélérateur. Compte tenu des pertes élevées en 2017, nous nous sommes engagés à viser l’équilibre d’exploitation d’AMA dès la première année d’exploitation. C’est possible si nous trouvons des industriels ou des fonds intéressés par nos prestations. À moyen terme, nous souhaitons devenir la référence en matière d’accélération pour l’industrie du futur.

AMMag – Plus haut, vous avez parlé du Clenam, du Rexam, d’AMBA… Comptez-vous aller piocher, au-delà de ce cercle, dans les compétences de gadzarts aujourd’hui en activité dans les petites entreprises ou les grands groupes ?
G. M. – L’atout principal d’AMA est d’appartenir à la communauté des Arts et Métiers. C’est évidemment très bien perçu par les start-up candidates à l’accélération, en particulier celles ayant un contenu technologique matériel. Le vaste réseau des gadzarts permet d’assister les start-up à Paris, mais aussi sur l’ensemble du territoire français et à l’étranger.

J. S. – Six cents gadzarts sont potentiellement mobilisables en faveur d’AMA, sous la forme du mentorat et de l’expertise. À la différence du mentor qui accompagne sur le long terme une ou plusieurs équipes de start-uppers dans la réussite de leur projet, l’expert les fait profiter de ses connaissances pointues à un moment donné du développement du produit ou du processus.

AMMag – Quel est le profil des start-up actuellement accélérées par AMA ?
J. S. – Nos start-up portent des projets qui s’adressent principalement aux marchés d’autres industriels, en B-to-B, mais il y a aussi des projets visant le consommateur final, en B-to-C. Les projets sont très divers, mais tous ont un potentiel de développement important.

AMMag – Envisagez-vous une synergie avec le réseau d’incubateurs de l’École ?
G. M. – Nous collaborons déjà étroitement avec l’Ensam, et depuis longtemps, sur tous les sujets liés au développement de l’entrepreneuriat. En effet, j’ai eu à définir avec un groupe de travail mixte Ensam-A&M Alumni une feuille de route globale de développement de l’entrepreneuriat, qui a été approuvée par le conseil d’administration de l’École en 2014, puis mise en œuvre. Pour clarifier les relations entre les incubateurs de l’Ensam et AMA, nous avons défini des critères objectifs pour l’accès à l’accélération. Une start-up ne peut être accélérée que si elle a fait la preuve de la validité du concept, d’un premier prototype opérationnel et de l’intérêt réel d’au moins un client. L’accélération s’inscrit ainsi dans une continuité naturelle après les incubateurs.

 

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