«Nous sommes l’une des régions qui investissent le plus dans l’industrie du futur», Lilla Merabet

À l’heure où le gouvernement identifie 124 territoires à vocation industrielle, les régions gagnent en autonomie pour définir leur stratégie de soutien au secteur secondaire. Stratégie qui, selon sa vice-présidente, réussit plutôt bien à la région Grand-Est, issue de la fusion des régions Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne.

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En novembre dernier, Lilla Merabet en visite sur le salon Be 4.0, à Mulhouse, en compagnie du président de la région Grand-Est, Jean Rottner (à sa droite).

AMMag – Après la fusion de trois régions en une, vos moyens financiers et humains ont certainement évolué, mais dans quel sens ?
Lilla Merabet – Les volets dont je m’occupe, l’économie et l’innovation, disposent d’un budget supérieur de 20 à 25 % aux budgets additionnés des trois ex-Régions. À cette progression, il faut ajouter l’effet levier que va nous procurer notre partenariat financier avec BPI France. Quand nous mettons un euro sur la table, nous pourrons disposer de près de 5 euros, contre 1,40 euro auparavant. L’évolution est significative.

AMMag – Quelles sont les mesures prises en faveur de l’industrie du futur ?
L. M. – La Région a mis en place un plan décliné en quatre actions. La première, c’est le diagnostic de performance industrielle. L’accompagnement passe par un diagnostic financé par la Région et réalisé par un consortium d’experts indépendants. Il porte sur la performance au niveau de l’outil et de l’organisation industrielle ; l’utilisation des nouvelles technologies ; l’excellence environnementale et le facteur humain, en particulier l’acquisition de nouvelles compétences, l’ergonomie, etc.

La deuxième action est un accompagnement sur mesure. Cette phase intervient à l’issue du diagnostic de performance industrielle pour aider les entreprises à concrétiser leurs projets et mettre en place les actions proposées. Elle peut se traduire par des solutions de financement ou d’expertise complémentaire. La troisième action est la constitution d’une communauté de leaders de l’industrie du futur du Grand-Est. Une centaine d’entreprises locales se sont engagées avec l’objectif d’échanger sur les principaux enjeux liés à l’industrie du futur au travers de retours d’expériences et de bonnes pratiques.
La quatrième est la création du Business Act. Il vise à organiser et coordonner les actions de l’écosystème industriel local, identifier et valoriser les offreurs de solutions du Grand-Est.

Le 22 novembre dernier, à l’occasion du Conseil national de l’industrie, Édouard Philippe, Premier ministre, a dévoilé la liste des 124 «territoires d’industrie», dispositif annoncé en septembre 2018 dans le cadre du plan national de transformation de l’industrie par le numérique, qui vise à soutenir et développer le tissu industriel en France (lire AMMag n° 405 de décembre 2018-janvier 2019, p. 38). Dans le Grand-Est, 13 territoires d’industrie ont été retenus, faisant ainsi de la région la n° 2 en nombre de territoires labellisés.

AMMag – Vos aides financières portent jusqu’à quel montant ?
L. M. – Les diagnostics sont pris en charge à 100 % par la Région. Notre collectivité aide aussi à sécuriser certains investissements en en prenant une partie à sa charge. Par exemple, les frais d’innovation ou, plus largement, les preuves de concept sont pris en charge jusqu’à 30 %, à la condition que l’investissement soit structurant pour la Région. Cette dernière finance aussi l’ingénierie ou la ressource intellectuelle.

AMMag – Quels sont les premiers retours de terrain ?
L. M. – Ils sont positifs. Pour 2018, nous avions prévu une enveloppe d’accompagnement de 10 millions d’euros. «In fine», nous avons investi 18 millions d’euros dans différents projets. C’est une preuve du dynamisme des chefs d’entreprise locaux.

AMMag – Et quel est le retour sur investissement pour la Région ?
L. M. – Il est encore trop tôt pour mesurer un retour sur investissement car notre plan a démarré il y a deux ans seulement. Par exemple, certaines machines commandées par des industriels ne sont pas encore livrées.

AMMag – Vous travaillez sans relâche depuis tois ans à redynamiser l’industrie du Grand-Est. Quel est le premier bilan, même partiel, de vos actions ?
L. M. – À propos d’industrie du futur, nous sommes désormais référencés dans le top 10 des régions européennes. Ce classement effectué par la Commission européenne nous a permis de recevoir le diplôme des régions qui investissent le plus dans l’industrie du futur et dont les financements sont les plus pertinents(1). Je rappelle que nous avons accompagné 350 entreprises dans leur mutation 4.0, alors que nous avions projeté d’en suivre 100 à 150. Ce sont autant de signes encourageants.

AMMag – Le mouvement vers l’industrie du futur n’est-il pas une façon déguisée pour le pays de rattraper, tout simplement, son retard dans l’industrie 3.0 ?
L. M. – On ne rattrape pas les trains qu’on a laissé passer. En revanche, avec la 4e révolution industrielle, nous nous relançons dans la course dans un monde où tout va beaucoup plus vite.

Be Est Développeurs, un lieu informel d’échanges et de partage

La région Grand-Est a lancé officiellement le réseau Be Est Développeurs, le mercredi 12 décembre, au siège du Conseil régional à Strasbourg. «Be Est Développeurs est un réseau d’acteurs du développement économique mis en place pour coordonner et renforcer les actions d’accompagnement des entreprises du territoire. C’est un lieu informel d’échanges, de partage des expertises et de montée en compétences des développeurs [économiques, NDLR]», déclare Lilla Merabet.
Aujourd’hui, plus de 300 acteurs du développement économique ont rejoint ce réseau afin de faciliter la vie des porteurs de projet et des entreprises. Les développeurs du réseau sont des référents en matière de développement économique. Ils sont issus des agences de développement, des 12 maisons de la Région, des chambres consulaires, des EPCI(1), des métropoles et des clusters, en lien étroit avec les acteurs de l’innovation et ceux du réseau Be Est Entreprendre, réseau dédié aux décideurs, financeurs et acteurs de la création et reprise d’entreprises.
Afin de faciliter la coordination des actions, le réseau des développeurs a mis en oeuvre plusieurs outils de coordination : un annuaire recensant leurs compétences et leurs expertises et une plateforme d’échanges de type extranet sécurisé pour diffuser et partager des informations. Des modules de formation seront proposés plus tard.

(1) NDLR : La Commission européenne a retenu la région Grand-Est comme «région industrielle en transition», parmi dix régions sélectionnées, à l’issue de deux appels à manifestation d’intérêt. La région Grand-Est a été félicitée pour le développement de sa stratégie de spécialisation intelligente. Le principe de la «smart specialization strategy» consiste à encourager les régions européennes à concentrer leurs ressources dans les domaines pour lesquels elles ont les meilleurs atouts.

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