Paul Guillaumot (Bo. 208), puzzle de l’électroménager en 3D

Après un début de carrière dans le conseil en stratégie, Paul Guillaumot a créé Spare Parts 3D, une entreprise spécialisée dans la fabrication à la demande de pièces détachées en 3D, domiciliée à Singapour.

On n’échappe pas à son destin. Issu d’une famille d’entrepreneurs, Paul Guillaumot a laissé mûrir son projet d’indépendance dès son cursus d’ingénieur : président de la junior entreprise des élèves Arts & Métiers, année de «césure» intégrant des stages en marketing stratégique pour Orange à Singapour, puis dans un cabinet de conseil en stratégie chez Oliver Wyman, avant une expertise Creda à Paris. En 2011, il rejoint Oliver Wyman et commence sa carrière dans le conseil en stratégie. «Cinq mois plus tard, je passe chez Theano Advisors, une société secondaire créée par deux associés d’Oliver Wyman et McKinsey.» Amélioration continue, management, réorganisation, le travail et les clients sont exigeants mais l’expérience est unique : «Je suis intervenu sur la réorganisation de l’ingénierie d’Airbus, notamment pour préparer l’intégration des technologies d’impression 3D pour la production des futures générations d’avions.» En 2014, il est rattrapé par la frustration, peine parfois à juger de l’impact de son travail et a le sentiment de ne plus apprendre. Il décide de partir. Et de retourner tenter sa chance à Singapour.

Créer une activité décentralisée

«J’ai regardé plusieurs domaines et me suis vite focalisé sur l’impression 3D, une technologie que je connais depuis l’École et dont j’estime qu’elle va permettre de relocaliser une partie des activités de production dans les années à venir.» Son objectif : bâtir une entreprise de production décentralisée. Son domaine de prédilection : les pièces détachées. «Elles sont bien adaptées à l’impression 3D, ce sont des composants uniques avec une gestion complexe de petites séries.» Reste à trouver un marché. Il connaît l’aéronautique, mais le secteur est trop complexe en termes de spécifications et de cycles (très longs) pour les qualifications, la réparation de machines industrielles est trop vaste et peu structurée. Il s’arrête sur l’électroménager. Un premier projet est lancé en 2016 avec un associé, ancien du groupe Indesit, puis d’autres avec Electrolux et Whirlpool. Le projet avec Whirlpool est aujourd’hui en phase d’industrialisation. «On a structuré les catalogues de pièces, puis testé et qualifié nos solutions de production. Quand le groupe a des ruptures de stock sur des pièces détachées qu’il ne peut pas sourcer, on les produit et on lui envoie directement.» Son entreprise, Spare Parts 3D, a déjà lancé d’autres projets dans l’industrie des machines-outils, sur le secteur maritime, à Singapour, et lorgne le grand marché de la pièce industrielle, un objectif à plus long terme.
En janvier 2019, Paul Guillaumot revient en France pour suivre le développement de l’activité en Europe, où sont établis l’essentiel de ses clients et l’essentiel du financement. Le reste des opérations, notamment le centre d’ingénierie, demeure à Singapour, dirigées par son associé Paul de Misouard (Li. 212).

Une valeur ajoutée gadzarique

«Le business de Spare Parts 3D se construit toujours sur un inventaire numérique qualifié des pièces, pour savoir comment les produire, sur quelles machines, avec quels matériaux et, surtout, pour quels gains. À partir de cet inventaire, nous produisons à la demande via un réseau de sous-traitants.» Ces choix technologiques et d’industrialisation sont le cœur de métier d’un ingénieur Arts et Métiers, ce qui fait sourire Paul Guillaumot : «Dans mes levées de fonds, j’ai parfois du mal à expliquer où se situe la valeur ajoutée de l’entreprise, alors que les gadzarts la comprennent tout de suite.»

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