Pierre Alesi reçoit le prix Nessim-Habif

Pierre Alesi (Ai. 52), concepteur du réacteur CFM56, a reçu le 5 mai le prix Nessim-Habif. Cette distinction d’Arts et Métiers Alumni récompense les ingénieurs ayant contribué sensiblement au progrès de l’industrie et au prestige de l’École.

Photo : É.Drouin/SAFRAN

Ce sont près de 32 000 moteurs CFM56 qui ont été livrés depuis la première commande, passée en mars 1979 par United Airlines. Cet extraordinaire succès technique, industriel et commercial, conçu et produit conjointement par Safran (alias Snecma) et GE Aviation, est intimement lié à un homme : Pierre Alesi, ingénieur en chef du programme, lauréat du prix Nassim-Habif.
Retour en janvier 1968. Snecma découvre un créneau commercial disponible pour équiper les avions de court et moyen-courrier (150-200 passagers), plus silencieux et moins gourmands en carburant que les long-courriers. Cette opportunité, soutenue par le gouvernement français, devient réalité quand Snecma s’associe à General Electric pour fonder une société commune, CFM International. C’est entendu : GE est en charge du corps haute pression incluant le régulateur de carburant et Snecma de la partie basse pression, de la chaîne cinématique, du premier inverseur et de l’installation du moteur sur avion. Enfin, Snecma assume la responsabilité d’intégration du moteur complet.

Un programme et des hommes

«Le démarrage de ce programme n’aura pas été un long fleuve tranquille, se souvient Pierre Alesi. Si la partie technique se déroule normalement, le gouvernement américain refuse à GE, en septembre 1972, la licence d’exportation du corps haute pression et de sa technologie.» Et de poursuivre : «Il faudra l’intervention de Georges Pompidou auprès de Richard Nixon pour que la situation se débloque ! Et, le 15 novembre 1974, après un tout premier essai à Cincinnati, tout fonctionne parfaitement, le programme CFM56 a démarré.»
Pierre Alesi est «exceptionnel dans son management des équipes, amenant chacun aux limites des certitudes et des challenges», développait Jean-Paul Herteman, ancien PDG de Safran, en parlant de lui au congrès Arts et Métiers de Bordeaux en 2013. Carré, quelque peu directif, regard malin, Pierre Alesi a su mener ce programme à bien. En gadzarts, il explique que le succès du CFM56 doit beaucoup au soutien sans faille de René Ravaud, «son patron», sans qui «rien n’aurait pu se faire», et de l’ensemble des équipes dont les compagnons. Leur étroite collaboration les consacrera comme les pères complémentaires d’un moteur qui fera la richesse de l’entreprise. Durant toute sa carrière de 1956 à 1997, entré comme ingénieur qui a bien profité des cours de thermodynamique, devenu responsable des moteurs civils à son départ à la retraite, Pierre Alesi aura connu dix présidents — «avec des hauts et des bas». Aujourd’hui, le CFM56 laisse place au Leap (Leading Edge Aviation Propulsion, lire p. 28). Admiratif devant ce nouveau moteur, déjà un succès commercial, Pierre Alesi se dit «impressionné du travail réalisé par cette équipe jeune et enthousiaste». L’histoire ne fait que continuer.

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