Poids et mesures

Un nouveau système de mesure international est entré en vigueur le 20 mai 2019. Oubliant le bon vieux cylindre de platine et d’iridium et abrogeant, de ce fait, une réfé-rence matérielle reconnue depuis 1889, le kilo se définit dé-sormais, selon la physique quantique, à partir de la constante de Planck, h (1). Faut-il voir dans cet abandon la marque d’un monde qui préfère le virtuel ou plutôt celle d’une science qui a besoin d’outils toujours plus précis pour mettre au point de nouvelles applications ?

De l’abstrait au concret

Pour motiver ces changements, la Conférence générale des poids et mesures (CGPM) précise «qu’il est essentiel de disposer d’un système international d’unités uniforme et accessible dans le monde entier pour le commerce international, l’industrie de haute technologie, la santé humaine et la sécurité, la protection de l’environnement, les études sur l’évolution du climat, ainsi que la science fondamentale qui étaye tous ces domaines». Toutes ces applications sont bien concrètes et leur développement porteur de promesses pour l’humanité. La CGPM poursuit en indiquant «que les unités du système international doivent être stables sur le long terme, auto-cohérentes et réalisables dans la pratique, en étant fondées sur la description théorique actuelle de la nature, au plus haut niveau». Rien de plus pragmatique, même si les fondements sont loin d’être accessibles à tous.

Nous sommes là au cœur du métier de l’ingénieur : la capacité d’abs-trac-tion mise au service de la concrétisation dans le monde réel. Visualiser dans l’imaginaire le comportement physique pour trouver la solution aux problèmes techniques qui se posent. Des passerelles similaires sont jetées entre la conception et l’expérimentation (CAO et fabrication additive), la numérisation et le contrôle de la fabrication (réalité augmentée).

Chacun de nous a un goût plus ou moins prononcé pour l’abstrait. Les ingénieurs devraient avoir un ancrage fort dans le concret. La caractéristique du gadzarts, dès l’origine, a été d’associer le meilleur de l’abstrait et du concret pour concevoir et réaliser (2).

Ces interactions entre théorie et pratique nous sont familières : elles sont notre quotidien. Chaque année, 1 100 gadzarts issus de la filière grande école sont formés pour répondre aux besoins actuels et futurs de l’industrie. Ils sont dotés de bases théoriques solides, d’une approche généraliste et d’une formation humaine par la vie étudiante qui ont fait leurs preuves. Leur diplôme, unique au niveau national, en est le gage. Issus de la formation partenariale, 360 ingénieurs Arts et Métiers reçoivent, quant à eux, un enseignement spécialisé, conçu à partir des besoins exprimés à un moment donné par les entreprises d’une région déterminée. Les attentes et les technologies évoluant, la dizaine de diplômes, chacun rattaché à un campus, fera de même. Certains disparaîtront pour céder la place à de nouvelles formations en ligne avec leur temps.

Les deux filières partagent les fondamentaux de l’École (3) : le triptyque «industrie, territoire, culture d’établissement» en est la signature ; «accélérateur de talents» la promesse. Elles les partagent avec les autres filières (doctorat, mastère et master, «bachelor»), que tout établissement d’enseignement supérieur se doit de proposer pour avoir une offre complète et être reconnu en France et à l’international.

De la théorie à la pratique

À l’heure où la Soce réfléchit à sa raison d’être et aux activités qu’elle se doit de développer en son sein, il appartient aux gadzarts, qui sont la colonne vertébrale des Arts et Métiers, de se rappeler qu’ils portent tout au long de leur vie, sous l’égide de la Fraternité, cette responsabilité de passer de la théorie à la pratique tout en prenant soin des relations humaines. Il nous revient de matérialiser la signature de la Soce : «entreprise, territoires, humanisme citoyen» ; et sa promesse d’être «accélérateur de carrière ou de parcours».

Leur regard généraliste est un élément distinctif. Leur sens du terrain et des Hommes en est un autre. La combinaison des deux fait des gadzarts des ingénieurs recherchés pour leur adaptabilité. Ajoutez-y l’ouverture au monde et l’envie de faire émerger un avenir meilleur par une utilisation raisonnée des technologies, et vous aurez ce profil spécifique qui, comme les systèmes des poids et mesures, sait se réformer pour mieux traverser le temps.

Soyons fiers d’être gadzarts !

(1) Document officiel à télécharger sur https://www.bipm.org, dans la rubrique «Métrologie internationale», onglet «la Conférence générale des poids et mesures», puis «26e réunion de la CGPM» et, enfin, «Résolutions adoptées».
(2) La volonté du duc de La Rochefoucauld-Liancourt, fondateur de l’École, de s’assurer le concours de Monge, Berthollet, Chaptal et Laplace pour éduquer les pupilles
de son régiment de cavalerie aux arts et aux métiers, est là pour en témoigner.
(3) Lire aussi l’interview de Laurent Champaney, directeur général de l’Ensam,
dans AMMag d’avril 2019, p. 13.

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