Pour une “realpolitik” étrangère

Cercle de réflexion géopolitique, Geopragma veut agir de manière pragmatique pour défendre les intérêts français et soutenir le développement des entreprises dans la compétition mondiale.

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Emmanuel Macron a reçu Vladimir Poutine au château de Versailles le 29 mai 2017.
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«Le président de la République a amorcé un tournant pragmatique et pris certaines initiatives positives. Nous avons envie de contribuer à ce nouvel élan.»
Caroline Galactéros, cofondatrice et présidente de Geopragma.

Geopragma est un nouveau pôle de réflexion géo-stratégique. Son credo : fournir une matière géopolitique pragmatique, ancrée dans la réalité du monde actuel, pour apporter «du mieux, à défaut du bien, aux situations de crise, de conflit, de concurrence et d’antagonisme», résumait sa présidente Caroline Galactéros, docteure en science politique et colonel de la réserve opérationnelle des Armées, lors de la présentation de ce «think thank» (cercle de réflexion) le 12 février à l’hôtel Iéna  d’Arts et Métiers, à Paris 16e.

Renforcer le rôle de la France

Geopragma compte s’appuyer sur des experts (lire l’encadré page ci-contre) pour proposer une vision complémentaire à destination des institutions et des entreprises afin de participer au développement de la présence française dans le monde et à la défense d’intérêts stratégiques. Les fondateurs(1) du cercle de réflexion, qui se veut aussi un groupe d’action, estiment qu’une fenêtre de tir provisoire existe pour enrayer la marginalisation progressive de la France sur la scène internationale, en raison notamment d’une politique plus isolationniste engagée par les États-Unis de Donald Trump et des conséquences du Brexit. «Le président de la République, lance Caroline Galactéros, a amorcé un tournant pragmatique et pris certaines initiatives positives. Nous avons envie de contribuer à ce nouvel élan et de le prendre au mot sur la défense de nos intérêts nationaux.» Et le secrétaire général de l’association, Jean-Bernard Pinatel, général d’infanterie et entrepreneur, d’ajouter : «Il faut redéfinir nos intérêts stratégiques dans un monde en plein bouleversement et être prêt à les défendre.»

La nation dispose toujours d’une certaine influence sur le globe. «De nombreux États souhaitent retrouver une France forte, conquérante et volontaire», soutient Ghislain de Castelbajac, président d’Applied Business Intelligence, qui évoque entre autres le rôle équilibré que la France peut jouer au Moyen-Orient dans l’élaboration d’une politique étrangère et la construction d’une force de persuasion humaine et juste. «Cessons de plaquer des schémas moralisateurs a priori ! plaide Pierre de Lauzun, délégué général de l’Association française des marchés financiers. Il faut rechercher ce qu’on peut faire de mieux dans une situation donnée.»

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La rencontre d’Emmanuel Macron avec Narendra Modi, Premier ministre indien, le 10 mars 2018, scelle un pacte de coopération logistique et
de sécurité dans la région de l’océan Indien.

Anticiper

«La France doit se réconcilier avec la réalité du monde tel qu’il va, estime à son tour le vice-président de Geopragma Hervé Juvin, président de l’observatoire Eurogroup Consulting. Il lui faut nommer ses alliés, ses concurrents et ses ennemis.» L’anticipation des bouleversements géopolitiques à venir est cruciale pour la défense des intérêts de l’État et de ceux des entreprises françaises dans le monde. Zone Caraïbes, Algérie post-Bouteflika, rapprochement entre l’Inde et la Chine, conséquences du réchauffement climatique, qui permettra notamment à la Russie d’exploiter à moindre coût les ressources considérables du sous-sol sibérien, tutelle américaine sur les infrastructures numériques mondiales, recomposition du Moyen-Orient, sans oublier la construction européenne : autant de sujets qu’il faut traiter sans tarder pour apporter des réponses adéquates le moment venu.

Jean-Philippe Duranthon, trésorier de l’association, du Conseil général de l’environnement et du développement durable, refuse d’opposer Européens et Antieuropéens sans définir au préalable l’Europe dont il est question. Il plaide notamment pour un rééquilibrage en faveur de la défense d’une culture, d’une histoire et de valeurs communes, laissées de côté, selon lui, au profit du seul développement économique de l’Union européenne, «qui nous condamne à étendre sans limites les frontières de l’Europe, car le progrès économique est une aspiration universelle tout à fait légitime».

Rééquilibrer

Membre cofondateur de Geopragma, l’ambassadeur honoraire Gérard Chesnel rappelle que la puissance de l’industrie chinoise, la rapidité de ses progrès et les conséquences des transferts de technologies concédés dans plusieurs domaines clés de notre industrie n’ont pas été suffisamment anticipés. La Chine est désormais capable de concurrencer les entreprises et technologies françaises dans des domaines cruciaux, comme les transports ou l’énergie. «Avons-nous simplement une politique chinoise?» fait mine de s’interroger -l’ancien diplomate, longtemps en poste en Asie. «Si, demain, un rapprochement entre la Chine, l’Inde et la Russie venait bouleverser l’équilibre géostratégique du monde, serions-nous prêts ?» Continent le plus peuplé, centre de gravité probable de l’économie de demain, l’Asie abrite de grandes puissances comme la Chine ou le Japon et en prépare d’autres — l’Inde, la Corée ou l’Indonésie. Mais, avertit Pierre de Lauzun, la plupart de ces pays n’ont pas de traditions de rapports bilatéraux. «La Chine et l’Inde n’ont jamais eu à gérer de relations entre grandes puissances et auront demain à régler des problèmes pour lesquels elles ont peu d’expérience.»

Le monde est instable, hétérogène et non régulé, les crises sont régulières. En conclusion, Jean-Bernard Pinatel, secrétaire général, résume la profession de foi des membres et futurs adhérents de Geopragma : «Nous voulons servir un État fort, pas un pays replié sur lui-même, avec un peuple ouvert sur l’avenir qui assume ses valeurs et son passé, que nous sommes déterminés à enrichir sans ostraciser personne.»

(1) Caroline Galactéros, Hervé Juvin, Jean-Bernard Pinatel, Pierre de Lauzun, Gérard Chesnel, Alexis Feertchak, Jean-Philippe Duranthon et Ghislain de Castelbajac.

Cet article fait suite à la conférence de présentation de Geopragma organisée le 12 février dernier à la Maison des Arts et Métiers.

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