Propulseur de projets

Arrivé par hasard dans l’aéronautique, Bernard Jurczynski (Li. 84) y a développé trois dimensions qui ont structuré son parcours : l’ingénierie des systèmes, le pilotage de projets et une approche multiculturelle. Trois atouts dans le secteur globalisé de l’aéronautique pour le nouveau PDG d’AES.

Faire sa carrière dans l’aéronautique relève plus souvent de la passion que du hasard. Pourtant, Bernard Jurczynski est arrivé dans la régulation des moteurs d’avions «un peu par accident», confie-t-il. Quand il entre à la Snecma en 1989, il découvre un secteur «totalement adapté à la formation Arts et Métiers». Pour preuve, son chef de service est un «Angers 67» et «deux chefs de département sont des Lille 59, [sa] promo marraine». Sur le site de Villaroche, près de Melun (aujourd’hui Safran Aircraft Engines), il travaille sur deux des moteurs les plus emblématiques du secteur : les débuts du M88 du Rafale puis, à partir de 1994, en tant que chef de projet de la régulation des CFM56, qui équipent les A320 et les B737. «La régulation des moteurs est passionnante, on touche au fonctionnement de la motorisation, qui reste l’élément le plus complexe d’un avion.»

L’ingénierie à dimension européenne

En 1998, Snecma décide que cette activité de régulation doit apporter des contrats : la division est rattachée à une filiale, Hispano-Suiza. Bernard Jurczynski en devient le chef du département conception des systèmes, puis le directeur des projets. C’est une période charnière de sa carrière : «J’ai développé deux compétences structurantes de mon parcours, l’ingénierie des systèmes, qui apparaît à cette époque, et la gestion des projets.» Et il va ajouter une troisième corde à son arc à partir de 2004. Il est appelé par la Snecma au sein du consortium européen EPI sur le projet du turbopropulseur TP400, qui doit équiper l’Airbus A400-M. «En plus de l’ingénierie des systèmes complexes et du pilotage de projet, j’ai dû appréhender la dimension multiculturelle sur ce projet européen, notamment pour comprendre comment le métier d’ingénieur était perçu par nos voisins», explique celui qui va alors passer sept ans entre Madrid, Munich et Paris, en tant que responsable du développement du système de commande.
En 2011, il revient à la Snecma comme adjoint du directeur de l’intégration du système propulsif, puis chef de la division systèmes. Avant d’être nommé, en septembre 2016, à la tête d’AES, joint-venture réunissant Safran et le motoriste aéronautique allemand MTU, créée en 2012. «Nous travaillons sur les grands projets aéronautiques et mes trois domaines de prédilection sont très utiles, car les projets sont de plus en plus complexes techniquement, tout comme le pilotage des coûts et des délais. Par ailleurs, la coopération internationale est devenue la norme, il faut donc se comprendre, identifier les valeurs des uns et des autres pour les faire travailler ensemble», détaille le PDG d’AES, qui emploie une centaine de salariés de 15 nationalités différentes à Munich (Allemagne). Si l’ingénierie des systèmes reste un atout pour comprendre les besoins de chacun, Bernard Jurczynski estime que «la formation technique initiale d’ingénieur Arts et Métiers ainsi que la culture des gadzarts, qui s’intéressent beaucoup à l’être humain», l’ont beaucoup aidé tout au long de sa carrière.