RTE, l’équilibriste

Le 16 janvier, à l’hôtel d’Iéna, François Brottes, président du directoire de RTE, est revenu sur la mission de service public qui incombe au gestionnaire du réseau de transport de l’électricité : équilibrer offre et demande en permanence. Il a également abordé les grands enjeux des prochaines années.

L’augmentation des capacités de stockage des énergies renouvelables (l’éolien et le photovoltaïque) apparaît aujourd’hui comme une solution d’avenir pour soulager le réseau en cas de pic de consommation. Photo : RTE
François Brottes, président du directoire de RTE. Photo : DR

Équilibrer production et demande d’électricité à chaque seconde, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, 365 jours par an, est «un exercice périlleux», concède François Brottes, président du directoire de RTE, appelé à s’exprimer sur le sujet à l’hôtel d’Iéna, à Paris. Il insiste sur les difficultés qu’engendre une vague de froid : «Une diminution de 1°C de la température extérieure entraîne une surconsommation équivalente à la consommation de la ville de Paris !» Dès que les températures descendent en dessous de zéro, c’est le branle-bas de combat, l’équilibre du réseau est mis à mal par l’appel de puissance des systèmes électriques de chauffage. Les pics de consommation, le matin et en soirée, sont particulièrement critiques. À tel point que, lors des vagues de froid, RTE fait régulièrement appel au civisme de chacun dans l’intérêt de tous (notamment en Bretagne et en région Paca, enclaves énergétiques), en incitant les usagers par SMS à adapter leurs comportements afin d’élimer les pics de consommation.
Les industriels aussi sont mis à contribution pour réduire leurs appels de puissance, via le marché de l’effacement, qui suscite encore des critiques de la part des intéressés [lire l’encadré «Ils ont dit»]. Un marché sur lequel François Brottes fonde pourtant des ambitions : «L’achat de capacités sur un marché de l’effacement à l’échelle européenne n’est pas encore validé ; si un tel marché se mettait en place, les agrégateurs pourraient prendre une nouvelle dimension sur notre marché.» Paradoxalement, au même titre que la demande, la production doit faire l’objet d’une régulation. Si François Brottes se satisfait à plus d’un titre de l’apport des énergies renouvelables, il ajoute que «les pics de production sont presque aussi difficiles à gérer que les pics de consommation ; il faudrait être en mesure de les anticiper. Je loue les énergies intermittentes, qui nous ont amenés à travailler sur cette anticipation.» Avec des innovations aux bénéfiques effets collatéraux, comme l’éolien : grâce aux outils d’analyse du vent, les anticipations s’appliquent également au risque de propagation d’incendies.

La «mode» de l’autoconsommation

François Brottes se félicite de l’efficacité des interconnexions transfrontalières, qui impliquent 41 opérateurs européens, autorisant des exportations d’électricité sur une grande partie de la plaque continentale : «L’Europe de l’électricité existe ! Elle s’étend de la Suisse à la Turquie, en passant par le Royaume-Uni…» Néanmoins, les craintes de black-out suscitées par les épisodes climatiques extrêmes récurrents — le froid comme la canicule mettent à mal le parc nucléaire français, dévolu à une production de base plutôt que de pointe — font du stockage d’électricité un enjeu hautement stratégique. Selon François Brottes, «il faudrait inciter — obliger ? — les producteurs photovoltaïques et éoliens à se doter de moyens de stockage, pour apporter de la détente [au réseau].» Et d’appeler à la création de conditions économiques propices à leur essor.
Le stockage favorise par ailleurs l’autoconsommation. Depuis deux ans, RTE constate une légère diminution du transit sur son réseau. Avec le développement de la production décentralisée d’énergies renouvelables, en partie absorbée localement par l’auto-consommation, le transit sur le réseau diminue. Le stockage devrait renforcer ce phénomène. «À RTE, nous n’avons pas d’états d’âme : l’autoconsommation va se développer au sein des classes moyennes ; posséder sa propre batterie de stockage sera à la mode. Tesla a pour objectif d’équiper 5 millions de foyers en France ; quand le prix de sa batterie sera de 500 €, cet objectif sera atteint à coup sûr !» Pas d’états d’âme non plus à voir des entrants issus de l’industrie du numérique se pencher sur les marchés de l’énergie : «Il faut se préparer tout de suite aux évolutions apportées par les opérateurs d’Internet — notamment dans l’automatisation des consommations au sein des foyers.» Dans ce but, RTE passe des accords avec des start-up, afin de se nourrir de leur «vélocité». RTE pousse également à la création de jeunes pousses dans ses propres rangs via le programme J’Nov. Une manière de «concilier la culture de la discipline et ce besoin de faire émerger des idées…»

Ils ont dit…

Jean-Marc Maissant, responsable Europe des achats d’énergie du groupe Renault-Nissan, membre du comité directeur de l’Union des industries utilisatrices d’énergie

«L’effacement, marché peu attrayant»

«L’effacement est un enjeu stratégique. Or, les garanties de capacités mises sur le marché ne sont pas forcément effectives : un grand consommateur peut acheter des capacités pour finalement ne pas en disposer,
comme nous avons pu le constater
en janvier 2017. La France est un peu en retard sur la rémunération de l’effacement : suite au dernier appel d’offres lancé fin 2016 par RTE, portant sur 2 200 MW
de capacités, les répondants retenus totalisent un cumul de seulement 750 MW. Cela est dû à la complexité de mise
en œuvre des effacements mais aussi à leur manque d’attrait [jusqu’à 27 000 /MW lors du dernier appel d’offres, NDLR]. Améliorerons-nous cette situation en 2018 ?»

Olivier Menuet, directeur énergie du groupe SNCF, président de SNCF Énergie (filiale achats)

«Pour une intermodalité compétitive»

«Avec 9 TWh, la SNCF est le premier consommateur d’électricité en France. Voir le président du directoire de RTE, qui permet
à la SNCF d’assurer le transport de personnes et de marchandises, faisait partie de mes bonnes résolutions pour 2017 ! J’étais également désireux d’évoquer avec François Brottes la question de l’intermodalité, dans le contexte du changement climatique. Car si certains électro-intensifs bénéficient d’un abattement sur le Turpe [tarif d’utilisation des réseaux publics de l’électricité, NDLR], ce n’est pas le cas de la SNCF, pour qui ce tarif représente plus de 100 M. Un aménagement lui permettrait de proposer des offres intermodales plus compétitives et attrayantes face à des moyens de transport moins vertueux.»

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