Schneider Electric innove dans son fief

En s’appuyant sur l’héritage de Merlin-Gerin, Schneider Electric a fait de Grenoble l’un ses principaux pôles industriels et de R&D dans le monde. Grâce à deux ouvrages exemplaires servant de «laboratoires vivants» à l’équipementier, la capitale iséroise joue aussi un rôle éminent dans la mise au point des futures solutions de pilotage des bâtiments intelligents.

Le site Electropole d’Eybens, situé dans l’agglomération grenobloise, emploie environ 1 400 personnes. Schneider Electric y travaille sur la distribution électrique basse tension et la numérisation de l’appareillage électrique. Photo : DR

Schneider Electric emploie près de 6 000 personnes dans le bassin grenoblois, dont 40 % d’ingénieurs et de techniciens : «Nulle part ailleurs dans le monde, nous n’avons une telle concentration de matière grise», souligne Denis Coupé (Cl. 87), directeur monde de l’activité disjoncteurs de puissance. Si l’équipementier électrique est aussi présent au pied du massif de la Chartreuse, c’est en partie grâce à deux gadzarts, Paul-Louis Merlin (Ai. 1898) et Gaston Gerin (Ai. 06), fondateurs de Merlin-Gerin. En 1992, quelques années avant d’accoler le mot Electric à son nom, Schneider acquiert en effet cette entreprise née à Grenoble en 1920 et très réputée dans les domaines de la basse tension, de la basse tension de puissance, des disjoncteurs moyenne tension et des onduleurs.
«Depuis, l’héritage de Merlin-Gerin — combiné à celui de SquareD aux États-Unis — est resté au centre de nos compétences et nous le faisons évoluer en permanence pour accompagner la transformation numérique de notre offre, en particulier dans l’appareillage électrique.» Denis Coupé cite l’exemple du Masterpact MTZ, premier disjoncteur basse tension de puissance de l’ère des objets connectés. «Auparavant, un disjoncteur devait seulement protéger les personnes et les équipements situés en aval ; aujourd’hui, le Masterpact MTZ remplit toujours ce rôle, mais améliore la disponibilité en limitant les ouvertures grâce à l’échange d’informations numériques avec l’installation.» Il est ainsi en mesure d’envoyer des alertes sur le smartphone d’un technicien pour qu’il supprime un défaut potentiellement critique, ou encore d’exécuter des ordres (modifications de réglage, etc.) à distance.
«Grâce à sa centrale de mesure — d’une précision inégalée sur  le marché ! — et à sa connexion Ethernet, le Masterpact MTZ peut être connecté à des logiciels de supervision pour le bâtiment et alimenter des services d’analyse de données sur le cloud», ajoute le gadzarts. Une orientation IT qui, assure-il, ne se fait pas au détriment du savoir fondamental sur la coupure de l’arc électrique : «Des équipes travaillent toujours sur sa modélisation, réalisent des essais en laboratoire, etc. Ces compétences sont développées sur le site Technopole, partagé avec les activités de distribution électrique moyenne tension.»

En lien avec les pôles de compétitivité

En R&D, le groupe possède sur place deux autres centres référents qui sont Electropole à Eybens, «temple» de la distribution électrique basse tension, et le site de Montbonnot-Saint-Martin, dédié aux onduleurs, anciennement MGE UPS Systems. Mais aussi importante soit-elle, l’infrastructure grenobloise de Schneider Electric est loin de fonctionner en vase clos. L’équipementier est notamment engagé dans les pôles de compétitivité Tenerrdis (énergies renouvelables, «smart grids») et Minalogic (technologies numériques et logiciels). Il a également noué un partenariat avec KIC InnoEnergy, un incubateur européen axé sur l’efficacité énergétique dont la branche française vient de s’installer dans la capitale iséroise. Sans parler des liens avec les filiales étrangères. «En plus d’Electropole, où j’ai mon bureau, je suis en contact quotidien avec nos autres sites, principalement aux États-Unis, en Chine, en Inde, insiste Denis Coupé. Ce que nous développons ici, avec l’ensemble des expertises, est destiné au monde entier.»

Le disjoncteur basse tension de puissance Masterpact MTZ. Ce disjoncteur connecté et intégrant une centrale de mesure de classe de précision 1 a été conçu par les équipes grenobloises de l’équipementier. Photo : DR

Technopole, un laboratoire vivant

Au-delà de l’innovation sur les produits, le dynamisme grenoblois se traduit aussi par des opérations comme GreenOValley, projet de construction de deux bâtiments tertiaires exemplaires au confluent du Drac et de l’Isère. Un investissement de 120 millions d’euros dont la finalité première est de réduire le nombre d’implantations locales du groupe de treize à cinq, par regroupement de certaines équipes, mais qui sert aussi de terrain d’expérimentation dans le domaine du bâtiment connecté et économe. Tous deux conçus avec les outils Building Information Model (lire notre dossier consacré au BIM dans AMMag n° 383 de juin-juillet 2016, p. 30), ces ouvrages «smart grid ready» disposeront en exploitation d’une véritable maquette énergétique. «Il s’agit des éléments de la maquette numérique qui seront utilisés par les outils de simulation énergétique dynamique (SED) afin d’anticiper le comportement réel des bâtiments, explique Olivier Cottet, directeur marketing en charge des programmes de recherche sur l’énergie. C’est un sujet sur lequel nous travaillons par ailleurs dans le cadre du projet européen FP7 Tribute, car une meilleure convergence entre les simulations et la réalité permettra d’évaluer plus finement l’impact des solutions techniques actives que nous pouvons proposer.»
En ce qui concerne le nouveau bâtiment Technopole (17 000 m², pour une capacité d’accueil de 950 personnes), tout juste livré, sa consommation devrait être inférieure à 45 kWh/m²/an), tous usages confondus. «Un contrat expérimental avec garantie de résultats sur la performance énergétique a été signé avec le contractant général qui s’est engagé dès la phase conception sur le niveau à atteindre en exploitation», se félicite Olivier Cottet. Pour mesurer et analyser cette performance, l’ouvrage a été équipé de capteurs et de compteurs reliés aux dernières solutions de collecte-restitution de données et de gestion technique. De la sorte, ce projet est non seulement une vitrine des savoir-faire de l’équipementier, mais un «laboratoire vivant» pour mieux comprendre les besoins et la réponse d’un bâtiment réel, améliorer les algorithmes de pilotage et mettre au point les offres à venir.
Encore plus performant puisque sa consommation ne devrait pas dépasser 37 kWh/m²/an et sera compensée par une production photovoltaïque et éolienne, Xpole (25 000 m², pour une capacité d’accueil de 1 350 personnes) accueillera quant à lui ses premiers occupants (dont la direction scientifique en charge de la R&D des services digitaux) au premier trimestre 2019. Doté de moyens de stockage de l’électricité, il sera caractérisé par une grande latitude de fonctionnement énergétique et jouera de ce fait un rôle important dans le futur «microgrid» de la presqu’île scientifique. Le prototype même du «smart building» selon Olivier Cottet, c’est-à-dire un bâtiment connecté «à la fois efficace et flexible».

Retrouvez notre dossier complet “Le modèle grenoblois” :
– Grenoble au sommet de la high-tech
– Le modèle Minatec
Clinatec, la clinique-laboratoire
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