Techn’O Sommet réinvente la montagne

Organisé les 27 et 28 septembre par l’institut des Arts et Métiers de Chambéry, le premier Techn’O Sommet a rassemblé les professionnels de la montagne en Savoie. Ils ont proposé des pistes pour relancer une économie de montagne qui doit relever le défi des conséquences du réchauffement climatique.

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Durant deux jours, les professionnels de la technologie et ceux de la montagne ont échangé sur les innovations et les métiers de la montagne. Organisé à l’initiative de l’institut des Arts et Métiers de Chambéry et de son directeur Alain Cornier, avec l’aide du campus de Cluny, cette première édition du Techn’O Sommet, s’est déroulée en deux temps, à Chambéry (Savoie), avec une première journée destinée aux professionnels, et une seconde ouverte au public et consacrée à l’emploi.

Les start-up souhaitant valoriser leur activité auprès des professionnels bénéficiaient d’un showroom au Techn’O Sommet, le 27 septembre au Centre des congrès de Chambéry.

600 emplois sont menacés

Et c’est Michel Jauzein, directeur du campus Arts et Métiers de Cluny, qui ouvre le bal des discours d’accueil de la conférence plénière : «L’institut de Chambéry, centré sur l’écoconception et les enjeux environnementaux, est en lien direct avec l’ensemble des acteurs de l’établissement Arts et Métiers. Cette journée va mieux faire connaître notre implantation et nos activités.» Et Roger Stanchina (Ai. 70), président de la Fondation Arts & Métiers, natif de Chambéry, d’enchaîner : «Nous sommes dans une région d’échanges, où les gens savent communiquer, d’un pays à l’autre.» Pour lui, les Savoyards et les autres Rhônalpins ont développé des structures industrielles -dynamiques et sont également très sensibles à tous les phénomènes écologiques. «L’écologie et la technologie permettront, demain, à nos sociétés de vivre. Les pays alpins l’ont bien compris.»

«Le Département a toujours été précurseur en matière de politique économique, et agricole en particulier», souligne, de son côté, Franck Lombard. Le vice-président du conseil départemental de Savoie est notamment à l’origine de Technolac, base aérienne transformée en technopôle où se retrouvent l’université, les entreprises et les centres de recherche. Les départements alpins se sont largement développés autour de la pratique des sports de neige. Aujourd’hui, 170 stations en France, soit la moitié, ont un front de neige en dessous de 1 200 mètres. «Ce ne sont pas moins, pointe Xavier Dullin, président de Grand Chambéry et président délégué du Cluster montagne, de 600 emplois sur 5 000 habitants du massif des Bauges qui sont potentiellement à convertir. L’enjeu de l’économie touristique de la montagne est de réussir sa diversification.» Car 80 % des entreprises de la filière d’ingénierie, d’aménagement et d’exploitation de la montagne sont en effet basées dans les deux Savoie et en Isère.

Table ronde sur les enjeux de la montagne de demain avec, de gauche à droite, Jean-Luc Bloch, maire de La Plagne, Jean Souchal (Ai. 78), président du directoire de Poma, et David Ponson (Cl. 91), directeur des opérations des sites alpins à la Compagnie des Alpes.

Penser sur les quatre saisons

Développer l’activité touristique sur l’année entière est un défi. «Nous devons aborder la montagne sous différentes formes, insiste Jean-Luc Boch, maire de La Plagne et président de France Montagne, avec ses quatre saisons, construire de nouveaux modèles économiques.» Comme le rappelle Jean Souchal (Ai. 78), président du directoire de Poma : «51 % du PIB de la Savoie sont réalisés grâce au tourisme. Les enjeux se situent désormais sur du moyen et du long terme. Nous devons développer des activités pour conserver les emplois.» Pour renforcer les atouts régionaux, Jean-Luc Boch évoque plusieurs chantiers, comme faciliter les réservations ou améliorer les transports : «La Tarentaise est la première vallée de ski au monde. Mais si nous ne changeons rien, petit à petit, nous allons perdre de la fréquentation.» La création de stations à l’étranger va faire progresser le nombre de pratiquants, ce qui profitera aussi aux stations françaises, à condition qu’elles soient capables d’accueillir ces étrangers. «Il y a des solutions innovantes à trouver. Quand le client arrive en station, il doit être choyé, ne plus avoir à se préoccuper de quoi que ce soit.» Pour se développer, les stations veulent optimiser la coordination entre les différents intervenants. Pour améliorer l’accueil, il faut mieux connaître les clients pour proposer une offre globale mais aussi personnalisée. «C’est un défi extrêmement compliqué à relever, conclut David Ponson (Cl. 91), directeur des opérations des sites alpins à la Compagnie des Alpes, et les technologies numériques vont nous aider.»

Les axes sont numériques, technologiques et durables

La conférence plénière a été suivie de trois -ateliers à choisir parmi neuf, répartis selon trois thèmes :  numérique, technologique, -durable. Au-delà de la qualité des intervenants, c’est la qualité des participants, décelable lors des cessions de questions-réponses, qui a validé la pertinence de la journée et sa réussite. Trois exemples parmi les ateliers : les mégadonnées («big data» en anglais), la mobilité vers les stations (technologie), tourisme et énergie (environnement -durable). Concernant le premier thème, on sait que les stations peuvent accéder à de nombreuses données (capteurs sur les stationnements, cartes RFID de forfait de remontées mécaniques, paiements par carte, utilisation des smartphones…). Validées et analysées, ces données vont permettre de réaliser des prédictions et d’offrir des services personnalisés : les stations connaîtront mieux leurs clients.

Pour le deuxième atelier, on compte que le TGV achemine environ un million de voyageurs pendant l’hiver, dont 400 000 qui utilisent les transports collectifs pour monter en station. Certains samedis, ce sont 200 cars qui partent de Moûtiers. Pourtant, la circulation automobile souffre d’importants pics. Plusieurs solutions sont envisagées : répartir la circulation dans le temps, mieux organiser les voyages avec, en particulier, un suivi des bagages entre le train et les cars, ou mutualiser les moyens (certains cars privés circulent en effet à moitié vides). En Tarentaise, l’Agence écomobilité propose du covoiturage sans réservation, avec 90 arrêts répartis sur le territoire. Et la coopérative Citiz a développé un service d’autopartage.

Enfin, troisième et dernier thème valorisé, celui de l’énergie durable : Serre-Chevalier a l’ambition de devenir la première station réellement productrice d’énergie, grâce à son ensoleillement de 2 500 heures par an, ses cols venteux et ses ressources en hydroélectricité. Ce projet, réaliste, s’appuie sur les infrastructures existantes qui permettent la mise en place d’unités dispersées et sur la maximisation de l’autoconsommation. L’objectif est de satisfaire 30 % des besoins en énergies renouvelables.

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