L’Usine agile de Lille fait face à trois défis

La plateforme technologique Usine agile du campus Arts et Métiers de Lille a fait de l’IA son fer de lance. Depuis plusieurs années déjà, ses équipes collaborent avec de grands groupes industriels, français et étrangers, sur ce sujet phare de l’usine 4.0. Olivier Gibaru (Li. 90), son directeur, évoque pour nos lecteurs les trois grands défis que pose l’IA aux ingénieurs et chercheurs.

Les élèves du campus de Lille se familiarisent avec la commande de systèmes robotisés au sein de l’Usine agile.
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Olivier Gibaru (Li. 90), directeur de l’Usine agile.

AMMag – Quelles sont les problématiques principales qui se posent en intelligence artificielle pour l’industrie du futur ?
Olivier Gibaru – Le numérique est en train de transmuter l’industrie. La numérisation de toute la chaîne de valeur est devenue indispensable pour agréger au plus vite les innovations sur les systèmes de production. Les «planètes sont alignées» pour créer les conditions d’un système de production agile et connecté. Il permettra de s’adapter rapidement à la volatilité croissante du marché et à la production individualisée de produits.

J’observe cependant trois problématiques principales. Premier défi à relever pour nos entreprises : ces systèmes connectés doivent parler le même langage. Ils doivent devenir «plug & play» (1) afin d’accélérer le processus de reconfiguration. C’est le «big data» ! Une IA optimisera les processus et capitalisera l’expérience entre sites industriels connectés. C’est la notion d’entreprise étendue. Dans cet environnement, le deuxième défi concerne l’aide à la coordination par une IA de l’intelligence humaine. L’agilité et la reconfiguration rapide nécessitent de quitter progressivement une structuration à base de convoyeurs vers une organisation de la production en îlots modulaires où l’Homme travaillera en toute sécurité au côté de robots collaboratifs et mobiles. Le troisième défi est de créer des IA permettant une interaction cognitive entre l’être humain et les robots. Là, les capteurs sensoriels pourraient tenir une place inédite. C’est le défi du projet H2020 Colrobot que je coordonne. Dans l’industrie du futur, le rôle des femmes et des hommes demeure donc central. L’IA encore balbutiante annonce une réelle révolution en marche.

AMMag – Qui dit révolution 4.0 dit grands bouleversements. De quel ordre seront-ils ?
O. G. – Ils seront de type organisationnel et humain. Organisationnel car l’intelligence artificielle va au-delà du simple accomplissement de tâches physiques. Elle sera très probablement en mesure d’adapter sa réponse à une situation inédite où un apprentissage renforcé aura permis d’anticiper par simulation via le jumeau virtuel de l’usine une situation non encore rencontrée dans le réel. L’impact humain sera important aussi car de nombreux postes aujourd’hui occupés par des opérateurs pourraient disparaître. Les organisations professionnelles, patronales et salariales devraient s’emparer de ce sujet sans attendre. L’avenir de l’emploi pour nombre de salariés passera par la formation à de nouveaux métiers ou, plus simplement, à un changement de secteur d’activité.

AMMag – Justement, les formations dispensées sur le campus de Lille préparent-elles à cette révolution de l’IA dans l’industrie ?
O. G. – Notre mission, c’est de former des «digital natives» sachant combiner le monde physique et digital au service de l’industrie du futur. Pour cela, nous nous appuyons sur des technologies connectées industrie 4.0, la modélisation, la commande de systèmes robotisés et l’intégration de systèmes. Usine agile participe concrètement au renforcement du lien biséculaire qui unit l’École et l’industrie. C’est un Living Lab où étudiants, chercheurs et industriels innovent au quotidien. Les élèves du campus de Lille travaillent ainsi sur la résolution de problèmes à l’échelle 1 proposés par nos partenaires industriels (2) en France comme au MIT de Boston.

(1) Cette expression traduit la simplicité d’emploi : «Branchez, ça marche !»
(2) Parmi lesquels Thalès Alénia Space, Zodiac, Ponticelli, Technip-FMC, Safran, PSA, Renault, Thyssen-Krupp Presta France, Kuka… et même la Nasa, qui a sollicité un partenariat en R&D pour une future mission dans l’espace autour du robot de la station internationale.

Retrouvez notre dossier complet “Intelligence artificielle” :
– L’intelligence artificielle débarque à l’usine
– Du neurone au deep learning
– L’Usine agile de Lille fait face à trois défis
– L’IA rebat les cartes des emplois humains

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